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Anarchisme et naturisme, aujourd’hui
par Cathy Ytak

Catégorie société
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(JPEG) Le naturisme est une philosophie qui est loin de se réduire au simple fait de se dénuder, et ne doit pas être confondu avec le nudisme. Le nudisme, c’est ce que nous faisons tous les jours sous notre douche ! Que ce soit chez soi ou bien sur une plage déserte (à l’abri des regards), cela n’engage personne et ne remet rien en cause. Le naturisme, par contre, pousse la réflexion plus loin, et la pratique du naturisme et de l’anarchisme ont bien des points communs.

Nous vivons encore sous la coupe d’une morale judéo-chrétienne dont nous avons bien du mal à nous défaire. Ceux qui pensent que nous nous sommes débarrassés de l’Eglise et de ses fanfreluches se trompent.

-  Pourquoi, en ce début de 21e siècle, avons-nous encore besoin de nous couvrir le sexe et les seins (pour les femmes), pour prendre le soleil ?

-  D’où vient cette survivance grotesque si ce n’est d’une morale chrétienne, décrétant que le sexe était le diable (sauf pour procréer !) et que tout ce que nous avions entre les jambes étaient "sale" ?

-  Pourquoi nous plions-nous encore aujourd’hui à ce diktat ?

L’exemple de la plage est le plus frappant. Il suffit de réfléchir trois secondes. On met un maillot ni pour se réchauffer, ni pour se rafraîchir, mais dans le seul but de se cacher le sexe. Soit. Un maillot, c’est moche, et quand il mouillé, c’est long à sécher. On est mal, mais ce n’est pas grave. C’est une question de respect, entend-ton parfois.

-  Respect de quoi ?

Pas du bien-être de l’individu, c’est certain ! De la mode, peut-être, qui a toujours quelques petits maillots de bain d’hypocrisie à nous vendre.

-  Mais comment se fait-il, en cette fin de siècle, que nous en soyons encore là, comme dans une imagerie pudibonde et biblique ?

La pudeur, que l’on voudrait nous faire croire naturelle, est toujours inculquée par l’éducation, la société, la morale dominante.

Il est intéressant de savoir qu’elle change de forme, cette pudeur, selon les époques. Montrer ses seins en public était chose courante au 15e siècle. Mais malheur à celles qui, dans le même temps, osaient dévoiler la moindre parcelle de leurs chevilles ! (Lire, à ce propos, l’excellent livre de Jean-Claude Bologne "Histoire de la pudeur").

Beaucoup de peuples primitifs vivaient nu.

Et si l’on retrouve souvent des protèges-sexes pour les hommes, il n’est plus question, là, de morale ou de pudeur, mais de bon sens. Il est normal, en effet, de protéger les endroits du corps les plus sensibles et les plus fragiles, lorsqu’on vit en milieu hostile ou agressif (et la forêt en est un), tout comme il est normal de se protéger du froid. Le naturiste, en se libérant d’un imbécile morceau de tissus, se libère donc de siècles de morale débilitantes.

Il retrouve le plaisir de son corps non entravé par des vêtements, le contact de l’eau, le contact de l’air, du vent.

Son corps redevient une entité, un bloc compact où la morale n’intervient plus.

Hautement symbolique, ce maillot que l’on jette aux orties n’est pourtant qu’une toute petite partie du naturisme. Le haut de l’iceberg, le plus visible.

Car se mettre nu, c’est aussi se mettre à nu, et accepter de redessiner nos relations avec les autres

(C’est là la grande différence avec le nudisme, qui n’est qu’une pratique solitaire).

Ceux et celles qui ont déjà pratiqué le naturisme en groupe ont pu le constater. Les relations qui s’établissent entre les personne sont très différentes, basées sur le respect d’autrui, en dehors de toute morale, en dehors de tout regard imposé. Les hommes, par rapport aux femmes, par exemple, perdent beaucoup de leur machisme. C’est dans cette recherche d’une harmonie nouvelle, qui ne dépendrait que de l’être humain -et non des macro-organisations qui voudraient le gouverner et le manipuler comme une marionnette-, que naturisme et anarchisme vont de pair.

On ne peut libérer une société qu’en se libérant soit-même, physiquement et intellectuellement.

Ensuite, il faut tenter d’inventer de nouvelles règles de jeu, tant au niveau de l’organisation de la société qu’au niveau des relations entre les êtres humains.

Les anarchistes individualistes du début du siècle l’avaient bien compris, et intégraient le naturisme dans leurs préoccupations. Il est vraiment dommage que ce discours se soit peu à peu effacé, d’antan plus que nous assistons, en ce moment, à un retour en force du puritanisme (conservateur par essence)

Autre point essentiel du naturisme, la relation de l’être humain avec la nature. Nature oubliée, terre que l’on souille et qui, pourtant, nous permet d’être vivant. Le respect de l’individu et sa liberté passe, pour chaque naturiste, par le respect de la nature qui l’entoure. C’est une autre façon de marcher sur le sol, au propre comme au figuré. Nu dans la nature, on se souvient brusquement que nous ne faisons qu’un avec elle. Qu’elle peut nous blesser comme nous pouvons la blesser. Nous sommes loin du monde mercantile, où tout s’achète et tout se vend. Les anarchistes (qui sont les premiers "écologistes") ne peuvent qu’être d’accord avec cette démarche.

-  Mais comment vivre en naturiste, dans cette société ? (On peut poser une autre question, en parallèle : comment vivre son anarchisme dans une société qui nie l’individu ?)

Pour vivre nu, comme c’est un délit, il n’y a pas grand choix. Les naturistes, en France, sont "tolérés" , s’ils ne sortent pas d’un cadre établi. En gros, on autorise cette "perversion", si elle reste bien cachée. Le problème, et Dominique le soulignait dans l’édito de la page précédente, est la récupération, une fois de plus, de certains marchands peu scrupuleux, qui voient dans le naturisme "touristique" une nouvelle manière de faire du fric.

Mais il existe encore, et heureusement, des espaces de liberté où le naturisme est respecté et vécu dans l’intégralité de son sens. Des campings où les gens ne s’entassent pas ; des espaces de nature sauvage, une compréhension de l’environnement, la recherche d’une certaine harmonie entre humains et nature, que ce soit à la campagne, en montagne ou au bord de mer.

Les naturistes, dans le monde entier, se sont naturellement groupés en fédérations. (Comme quoi, le principe fédératif, cher aux anarchistes...) En France, la F.F.N est une bonne source d’information sur la manière de pratiquer le naturisme. Elle tente de faire évoluer les mentalités sur la question. Elle avait lancé, en 1993, un grand sondage d’opinion sur le sujet, et les résultats étaient, finalement, assez encourageant. Mais la FFN n’est malheureusement pas à l’abri des dérives mercantiles... (voir le coup de gueule de Dominique).

© Cathy Ytak, 2000.

Ces pages sur "Naturisme et Anarchisme" vous sont proposées par "L’en dehors" et "L’Ephéméride Anarchiste". Les propos émis n’engagent que leurs auteurs.

source : L’en-dehors



Publié le 30 juillet 2007  par torpedo


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