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Qui veut la peau de Céline ?

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(JPEG) « Oui, [je suis] tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne me résigne pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-ving-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

Ferdinand in Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline

On peut bien calomnier Louis-Ferdinand Céline. On peut chercher à l’enterrer Céline ! Génie ou salaud ? Grand écrivain ou pauvre type ? Grossier ! Délirant ! Anti-humaniste ! Misanthrope ! Céline n’a pas fait les choses à moitié ! Céline est allé loin dans le pire ! On a donc cherché à l’effacer ! Le médire ! Le gommer ! Toute une meute a, combien de fois, chanté l’hallali ! Et pourtant... Dans son immense solitude, Céline est toujours vivant ! Céline est toujours là auprès de nous, et nous ne sommes pas prêt de nous en défaire. Il fut le visionnaire qui annonça la grande folie du siècle de la mort de masse, de la mort industrialisée, des suppliciés, de la grande horreur et de la grande pagaille. L’oraison funèbre qu’il annonçait, comme un chien de traîneau flaire la crevasse, certains voulurent presque l’en rendre responsable. La plus touchante bêtise de quelques-uns, le plus méprisable ressentiment de beaucoup d’autres ne doivent pas obstruer pour autant l’œuvre, sa profonde richesse, souvent humaine, et le coup de semonce qu’elle représentait pour la littérature classique. Celle qu’on enseignait à l’école. Certainement ce qu’on lui reprocha le plus ! Céline le réformateur ! Céline le styliste ! Céline le mitrailleurs de la langue1 ! Céline le plus grand écrivain du XXème siècle aux côtés de l’inimitable Proust. Céline le génie et le salaud !

-  Combien furent-ils à vouloir la peau du médecin, du vieux Destouches calomnié de toutes parts ?

Ils eurent Drieu de la Rochelle, Robert Brasillach. Mais jamais Céline ! Et pour cause !

Cette peau d’un écrivain, seul, dont la solitude était pleine de fureurs et de visions, Céline la mettait volontiers sur la table, et savait ce qu’il faisait : dans un entretien audiovisuel avec Louis Pauwels (2), il présente, sans hésitation sans concession, sa vision de la littérature : « Il y a des milliers d’écrivains, ce sont de pauvres cafouilleux, des aptères, ils rampent dans des phrases, ils répètent ce que l’autre a dit, ils choisissent une histoire... c’est pas intéressant. J’ai cessé d’être écrivaiiiiin n’est-ce pâs, pour devenir chroniqueur : alors j’ai mis ma peau sur la table. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien, il faut payer. Ce qui est fait gratuit sent le gratuit et pue le gratuit. » Gratuité déclarée désormais interdite.

Rien de gratuit !

Car Céline n’invente rien. Céline se dit chroniqueur ! C’est-à-dire qu’il écrit en payant de sa personne.

Un écrivain doit avoir vécu ce qu’il raconte. Il faut qu’il se soit presque fait tuer pour l’histoire qu’il nous raconte. Oui ! il faut payer ! Payer vraiment !! « Le véritable collaborateur, c’est la mort ou les associés : la persécution... » (3)

La souffrance en un mot ! Certes les personnages peuvent être fictifs : c’est la transposition !

Cela consiste à faire sortir de l’être quelque chose de plus que ce que l’on voit. Mais la trame doit être vraie. Car, au fond, la grande inspiratrice, c’est la mort ! Céline refuse toute autre forme de littérature qu’il laisse à ces individus lettrés qui lui semblaient si burlesques, plus jeunes. Un type qui raconte des histoires, ça ne peut raisonnablement pas être sérieux. Pas pour Céline en tous les cas ! Pas pour cet auteur qui veut dénoncer la guerre, la folie humaine, la pente carnassière des hommes dont il parlera dans ses Entretiens avec le Professeur Y. Et tout à coup, cette vision-là de l’écrivain, cette technique d’écriture-là, va lui rendre la vie impossible. Car TOUS voulurent sa « peau » ! On l’a voulue d’abord pour des raisons morales : son antisémitisme qu’on a souhaité confondre avec le nom de Céline lui-même et le « rendre inoubliable que par là » (4). Son travail de la langue, lui qui croyait au pouvoir des mots, et au pilonnage en règle des codes et des conventions traditionnelles, au point de transposer le langage parlé dans l’écrit. Faire revivre l’émotion du langage parlé. Sa vision de l’être humain si noire et pessimiste. Ce désespéré de l’homme aux accents incantatoires, ce prophète de l’apocalypse, atteint, notamment à la fin de son existence terrestre, par la maladie de la persécution.

La haine était immense, et on ne doit la survie de Céline, ou tout du moins de ses œuvres, qu’à l’immensité de son génie. En guise de réponse aux questions de Michel Polac et Yannick Bellon, Lanza del Vasto, parlant de Céline qu’il n’apprécie guère visiblement, déclare : « Il y avait un mélange d’admiration et d’horreur pour cet ignoble personnage Céline, avec ces ignobles livres, parfaitement illisibles. » (5)

C’est dire combien la haine était grande !

Or, on peut affirmer aujourd’hui qu’il fut l’un des plus grands écrivains du XXème siècle, voire le plus grand. Oui ! il fut l’une des plus grandes verves de ce siècle-là, enterrant ces « pauvres cafouilleurs » qui se recopiaient entre eux, et il le savait, n’ayant que très peu d’estime pour eux. Mauriac avait, selon lui, mal tourné. Giono était insignifiant. Idem pour Montherlant ! (6) Car, précisément, à ses propres yeux, il travaillait et les autres ne foutaient rien. « Voilà exactement ce que je pense ! » (7)

Enôôôrme Céline ! Exaaagéré Céline ! Sûrement ! Et pourtant... il les aura bel et bien enterré ! Car il n’est pas un prosateur ! Il est d’abord l’auteur d’un style ! LE style ! Il a giflé la syntaxe, saucissonné les phrases, secoué l’inertie du langage... Il a installé un fauteuil à la langue populaire et à l’argot au centre même du salon très cossu de la grande littérature... qu’il a éperonnée ! Qu’il a transformée ! Qu’il a révolutionnée !! L’écriture parlée étant, à ses yeux, plus à la mesure de l’époque... Epoque vivace ! Emotivement troublée (8) ! Or, « retrouver l’émotion du « parlé » à travers l’écrit ! c’est pas rien ! » (9) Ne vous accrochez donc pas à l’histoire ! Encore moins à l’idée ! Selon Céline, de l’idée en littérature, il n’en voulait guère. En tout cas, pas dans la sienne ! Le style ! Que le style ! Peu importe les vies... « Les écrivains ne m’intéressent que s’ils ont un style. Et s’ils n’ont pas de style, ils ne m’intéressent pas ! [...] C’est rare un style, monsieur ! Un style, il y en a un, deux ou trois par génération ! »(10)

Voilà ! C’est dit ! Céline, c’est le style ! Rien d’autre !

Excès de modestie ?

Enième pied de nez à ses ennemis ?

Ou concession faîte à tous ses persécuteurs pour trouver un petit instant de tranquillité ?

Car on lui a tout fait à Monsieur Céline. Oh ! oui ! TOUT ! Il a donné beaucoup aux hommes, et ils ne lui ont répondu que par des vacheries. « J’ai été dépouillé, dévalisé, pillé, salopé, ignominé de tous les côtés pour des gens qui n’en valaient pas la peine. [...] Je trouve que les autres sont coupables. Pas moi ! » (11)

Et le verdict est sans appel...

Car, au fond, qu’est-ce qui lui a été reproché à Monsieur Céline ? Vraiment ? Et bien ! Très certainement d’avoir dénoncé la guerre. En 1932 ! Vous vous rendez compte ? Guerre dénoncée dans son premier roman. Guerres, ravages, violences, carnages, charniers, souffrances. Il a montré l’homme dans sa plus grande cruauté, et sa pire bestialité.

Alors ? Maintenant !

Tous ses problèmes ne viennent-ils pas du Voyage ? Il l’a lui-même avoué. On lui a reproché d’écrire contre la violence de la guerre. Et ainsi on lui a reproché aveuglement sa violence ! Sans même en comprendre le sens.

Pourtant il ne se sentaient pas violent, lui, Céline ! Les hommes sont violents ! Pas lui ! Violence dans le style, alors ?

Pas plus ! Céline ne trouve pas. C’est du raffinement. « Je suis raffiné. [...] Et bien qu’on me tue, n’est-ce pas ? Si on tue dans un élevage la bête raffinée, c’est un drôle d’élevage ! »(12)

On lui a certainement reproché, dans le fond, de ne pas accepter de vivre comme tout un chacun : dans l’hypocrisie ! D’avoir trouvé assez de courage pour dénoncer la guerre. Et l’histoire lui a donné raison. Pas les hommes ! Voilà ! C’est ça ! Il a eu le même courage que son personnage Bardamu dans le Voyage, durant cette véritable scène d’anthologie, où ce dernier avoue à Lola qu’il ne veut plus retourner à la guerre. Car le style enfin ! Le style ! Nous n’y étions pas encore ! Oui ! C’est vrai ! C’est vrai ! Le projet de Céline est déjà bien clair dans le Voyage au bout de la nuit : fonder une langue littéraire sur ce qu’on peut saisir au vol dans les quartiers périphériques de Paris et dans les banlieues.

Mais quoi ?

Personne ne pourra nier que la mise en œuvre de ce dessein dans son premier roman est loin d’être parfaite. Les mots populaires sont déjà là. Certes. Mais la syntaxe, bon sang ! La syntaxe est encore toute empêtrée du français académique. Passé simple ! Imparfait du subjonctif ! Tout est là, en bonne place, pour rappeler à nos belles perruques littéraires, qu’il y avait là un ton « littéraire » au pire sens du terme. Non ! Ce qu’on va véritablement reprocher à ce roman de la petite bourgeoisie française de la première moitié du XXème, c’est qu’il invitait en tout premier lieu à haïr la guerre. Le constat sans appel de Bardamu est d’autant plus conséquent qu’il repose en grande partie sur une « désillusion » quasi-générale : tant de souffrances, tant de sacrifices ne trouvèrent après guerre aucune récompense ! A tous ces deuils, toutes ces victimes, s’ajoute une vision terrible de l’homme, dont il avoua à la fin de sa vie se méfier, car il les trouvait coupables de tout ! Ah ! pas au sens moral, mais dans la pratique !(13)

Et que dire de son antisémitisme apparu subitement dans quatre pamphlets, parus entre 1937 et 1941, d’autant plus inattendu qu’au commencement de son premier roman, Bardamu est le juif de ce microcosme (14).

Impossible également de ne pas reconnaître à Céline une méditation intensive autour de ceux qui sont exclus, hors du coup, jugés différents. Il faut noter que Céline a été élevé au moment où la campagne d’hostilité contre Dreyfus battait son plein ; l’affaire commençait même l’année de sa naissance. Donc pas un jour sans entendre parler des juifs. Ce qui a très certainement marqué le garçon. Impossible qu’il ne puisse se persuader, entre dreyfusards et anti-dreyfusards, que les juifs ne forment une société spéciale. Une conviction qui ne devait pas s’accompagner nécessairement d’une hostilité ou d’un antisémitisme particulier. Mais qui demeurait tout de même une vraie porte à l’antisémitisme. Une conception du mot « juif » à laquelle il restera attaché sans jamais lui donner la moindre évolution, et qui lui jouera sûrement quelques tours au moment où Elisabeth Craig, sa compagne, se maria avec cet avocat juif, réveillant en lui, les « monstres » de l’antisémitisme sommeillant. Mais la définition qu’il donne au mot « juif » en étonnera plus d’un, jusqu’à l’antisémite le plus convaincu. Dès lors, deviennent juifs tous ceux qu’ils craint : noirs, jaunes, comme tous ceux qu’il honnit. Gallimard ou Gide crurent, avec Bagatelles pour un massacre, à la farce de conséquence destinée à combattre le racisme par le ridicule. Il suffit de relire aujourd’hui ces piètres pamphlets pour être aussitôt convaincu qu’ils sont véritablement sans « danger ». N’en demeure pas moins que le Voyage est un roman-monstre, très jubilatoire. Et le reste de son œuvre n’a fait que confirmer le génie. Reprocher à Céline de s’être répété. Apitoyé sur son sort. Egaré dans une destruction de l’écriture française. C’est tout bonnement inepte ! Il faudrait d’ailleurs commencer l’œuvre de Céline par son dernier : Rigodon ! Lire à reculons ! Affronter son usage, tant redouté, tant reproché à l’auteur, des points de suspension. Points de suspension qu’il a plus tard revendiqué comme la caractéristique même de son style : « Quand je me suis engagé dans cette dite littérature, j’ai trouvé que c’était pas du tout ça... [...] alors, c’est là que je me suis mis aux trois points pour être sûr d’être différent ! » (15) !

Suggérer ainsi l’informulé...

La discontinuité dans le discours, et une pensée en majeure partie informe. Les romans de Céline peuvent donc être criés. Ils peuvent être lus à haute voix. Car le langage de Céline est immédiat. Les mots pas mensongers pour un sou ne cherchent à décrire aucune autre réalité qu’eux-mêmes. Torrents d’injures, flots de mensonges, atrocités et sottises, au milieu des mots qui évoquent tous les désastres et les souffrances humaines, sans jamais chercher à dépeindre le moindre sentiment ou état d’âme, on trouve une grande allégresse, un comique gai. Céline savait rendre ses personnages parfois presque burlesques. Comme s’il avait voulu introduire de l’humour dans le monde. A moins que toutes ces histoires qu’il nous desservait, touchent à tant d’horreurs, que racontées, elles nous apparaissent presque comme des farces ! Car la lourdeur des situations est balancée par la légèreté de l’écriture. Une écriture que Céline parvenait à obtenir à force de travail et d’acharnement. Travail qu’il accomplissait, non par devoir intérieur disait-il, mais pour gagner sa vie (16).

Quant au reste... cela lui importait peu ! Il avait déjà tant subi ! Il n’attendait d’ailleurs plus qu’une seule chose : la mort. Et pour l’anecdote, en guise de réponse à la question de Louis Pauwels : « Si vous deviez mourir à l’instant, quelle serait votre dernière pensée ? » il fit : « Oh ! Et bien ! Au revoir et merci ! » (17)

Source :

ouvroir de réflexions potentielles



Publié le 2 juin 2008  par Marc Alpozzo


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Forum de l'article
  • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
    2 juin 2008, par Delcuse

    Le problème interminable "Céline" ; parce que Céline, le personnage, mais aussi l’écrivain, pose problème, il faut bien le dire. Tout de même, appelons un chat, un chat : Céline est un salaud, qu’on le veuille ou non. Et, à ce sujet, on ne me la fera pas. D’abord parce que je l’ai lu ; que j’ai lu ses trois pamphlets antisémites. Pour qui veut en prendre connaissance :

    http://dndf.over-blog.com/article-2353377.html

    si exagérés que ça m’a bien fait rire quand même, et son pamphlet anti-prolos, que j’ai trouvé assez juste, mais il n’était pas le premier à l’avoir fait, et il ne l’a pas écrit comme une critique, mais comme une moquerie, pour ridiculiser, non pour dire ce qu’est vraiment le stalinisme. Ne pas oublier que Céline avait ses entrées à la Kommandantur. Le seul truc, c’est qu’il était peut-être moins saligot que Brasillac, qui, lui, n’hésitait pas à dénoncer des juifs dans son torchons "Je suis partout", torchons dans lequel Céline publie. Allez fouiller sur la toile, il y a d’excellents auteurs qui parlent des intellectuels de la collaboration. Vous verrez, dans le genre crapuleux, c’est pas mal. Il reste que "Le voyage au bout de la nuit" est un très grand texte, à lire, et à relire. Ce genre de grand texte comme il en n’existe qu’un par siècle. Le style Céline, qui sonne si juste quelques fois. Mais, même le style, on le trouve déjà chez Cendrars. Cela dit, Tardi a eu une bonne idée de le croquer.

    • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
      2 juin 2008, par régis duffour
      Je n’ai pas lu Celine, c’est sans doute un tort, réparable. Mais je vois mal qu’on trouve anodines ses positions et son statut pendant la guerre. Déjà Morand dans les années 2000 a été réhabilité. Peu après le FN scorait. Ce n’est pas sans conséquences de négliger ou de minimiser que des Celine, Brasillach furent des salauds. Celine est par ailleurs l’auteur d’un texte odieux et méconnu dont je tacherai de trouver les références. Dans celui-ci pas de délires. On y trouve tout son engagement fasciste et de bien curieuses résonnances avec le régime d’aujourd’hui. Dans ce texte il s’ouvre de ce qu’il faut faire des handicapés des sous-employés de l’économie. Or à ce jour la France compte nombre de centres où les handicapés sont élevés à devenir des ouvriers (sur)obéissants de la machine. On ne leur inculque rien, ni critique, ni culture qui les prémunisse de la servilité la plus aboutie. Et comme ils sont fragiles c’est une aubaine pour les exploiteurs. Ceux-là ne feront pas de révolutions et ils pourront être copieusement volés. Combien de personnes handicapés révoltées de leurs conditions d’existence, qui se sont opposés à la médecine, aux administrations sociales, ces régimes ont-ils essayé de faire mourir par les mêmes méthodes qu’on leur connaît pour leurs opposants : les tortures bureaucratiques et le refus d’aide.
      • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
        3 juin 2008, par régis duffour

        Vu sur wikipedia

        ""Comme beaucoup d’écrivains, Céline a su habilement bâtir toute une série de mythes sur sa personnalité. En même temps que Voyage au bout de la nuit, Céline écrivait des articles pour une revue médicale (La Presse médicale) qui ne correspondent pas à l’image de libertaire qu’on s’est faite de lui[3]. Dans le premier des deux articles qu’il donna à cette revue en mai 1928, Céline vante les méthodes de l’industriel américain Henry Ford, méthodes consistant à embaucher de préférence « les ouvriers tarés physiquement et mentalement » et que Céline appelle aussi « les déchus de l’existence ». Cette sorte d’ouvriers, remarque Céline, « dépourvus de sens critique et même de vanité élémentaire », forme « une main-d’œuvre stable et qui se résigne mieux qu’une autre ». Céline déplore qu’il n’existe rien encore de semblable en Europe, « sous des prétextes plus ou moins traditionnels, littéraires, toujours futiles et pratiquement désastreux ».

        Textes écrits entre 1922 et 1926. Aux Etats-unis en collaboration avec des cadres des usines Ford...

        Une ordure en somme...

        • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
          3 juin 2008, par Delcuse
          On remarquera que ce texte, publié par "Ouvroir de réflexions potentielles", fini par une citation de Louis Pauwels, dont on peut bien dire que, lui aussi n’est pas quelqu’un de très recommandable. Sur Céline, on pourra lire avec profit "L’art de Céline et son temps", de Michel Bounan, chez Allia, qui se trouve être un éditeur juif et athée. Le pamphlet de Céline, "Méa Culpa" est entièrement une injure envers le prolétariat, sous couvert de dénoncer le mensonge communiste stalinien. Je pense qu’il faut dénoncer une fois pour toute ce misérable personnage, sans pour autant lui retirer ses qualités littéraire comme le fait Bounan, avec une certaine mauvaise foi, je trouve. En ce moment, il semble que l’apologie des antisémites est à la mode, notamment avec la publication d’une bio de Drumon, une sorte de Céline du XIXe siècle.
          • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
            4 juin 2008, par Nathalie Moulin
            Oui... Céline était un sale type mais comment expliquer la beauté d’un texte comme celui de Voyage au bout de la nuit... Schizophrénie ? ...
            • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
              4 juin 2008, par Delcuse
              Posez-vous plutôt la question inverse, à savoir, connaissons-nous beaucoup d’écrivains et d’artistes que leur comportement est exemplaire ? Les grands noms de la littérature ne recouvre pas forcément des gens d’une probité remarquable, c’est le moins que l’on puisse dire. Schizophrénie, dites-vous ? Mais, dans le monde de l’aliénation (qui est toujours le notre aujourd’hui), je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.
    • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
      3 juin 2008, par Delcuse
      J’en rajoute encore une couche. Après ça, venez pas dire que Céline était un brave gars : http://www.paris4philo.org/article-11115442.html
      • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
        3 juin 2008, par régis duffour
        L’ordure Céline était un visionnaire raté. Sous l’hypocrisie il n’y avait pas nécessairement de l’antisémitisme. Il s’est manqué sur ce point. Il demeure un critique éloquent de la haine que se vouent les gens. Mais il s’est trompé sur ce point qu’elle est alimentée par un système qu’il encourageait alors qu’il la croyait consubstantielle à l’homme. C’est bien le problème de ces prétentions fascistes et conservateurs de croire toujours que parce qu’un système qu’ils encouragent et dont ils tirent les dividendes, excite une mauvaise part des mauvais sujet, l’homme est ainsi. Il y a bien plus d’humilité chez Beckett, chez Raoul Vaneigem, chez Nietzsche. D’humilité et de grandeurs. Ne nous y trompons pas la cohorte des fatalistes qui suivent les fascistes et les conservateurs dans la haine et le mépris de l’Homme, sont des prétentions et des imbéciles, s’ils ne sont pas plus bêtement des opportunistes. Ils ne manquent jamais une occasion de retourner le problème et de faire accroire que la prétention se trouve dans le camp des utopistes. Leur pragmatisme entend marquer la fin de l’histoire. C’est assez dire ce qu’il faut de prétentions et d’ignorances alors que des siècles et des hommes les ont précédé. Rien n’est plus abject que de mettre celui qui souffre et qu’on sait ainsi faire doublement souffrir dans la peau d’un salaud. C’est toute l’idéologie de cette époque. La fascination qu’elle exerce, comme avec Sarkozy ils l’ont montré, s’alimente dans une haine qu’ils ont discipliné, frustrés d’être désormais impuissants à trouver dans l’innocence originelle cette infinité des rêves du monde qu’ils ont porté jadis à la manière de Pessoa.
        • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
          5 juin 2008, par Delcuse
          Régis, Céline n’était pas fasciste, mais plutôt admirateur des Nazi. Il était très proche des dignitaires nazis, et il est allé chez les Hitler. Mais il n’a pas fait l’erreur de Brasillach, de porter l’uniforme allemand qui lui aurait, selon une rumeur non vérifiée, couté la peine capitale. Céline s’en est tiré avec un exil et de la prison. Aujourd’hui, Céline est pléiadisé alors qu’il n’a réellement écrit qu’un chef-d’œuvre, "Voyage...". Tous ses autres textes sont médiocre. Sans m’étendre ici, je dirais qu’il est important, pour éviter des contre-sens, de distinguer le nazisme du fascisme, non par leur degré de cruauté, mais par leur programme politique.
      • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
        3 juin 2008, par régis duffour

        Et ils sont arrogants et méchants.

        (Gilles je dois te lire. Je me laisse déborder par le plaisir de retrouver tous les jours mes jeunes amis. Je trouverai le moment propice de te lire. Il viendra...)

        • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
          5 juin 2008, par Delcuse
          Mais, cher Régis, il y a des débordements tout à fait compréhensible...Me lire... Il y a le temps. Qu’importe d’ailleurs. mais, je recommande la lecture du "Voyage..." de Céline. Un très grand texte. Et mes mots sont faibles...
    • Qui à vraiment lu Céline, le Céline des pamphlets ?
      14 décembre 2008
      petit joke ; quand un écrivain signe un livre génial dans un ensemble, disons, disparate pour être gentil, on peut se poser la question, si c’est bien lui qui l’a écrit, le livre génial... Par hasard, ou par malheur, le premier livre de Céline qui m’est tombé sous les yeux, c’était un des "pamphlets antisémites" et j’ai fait un blocage primaire sur tout le reste. Je n’arrive pas à comprendre qu’un type qui écrit, persiste et signe des ignominies puisse être un génie... Mais j’essaie, je ne désespère pas de finir le Voyage un de ces jours...
  • Qui veut la peau de Céline ?
    5 juin 2008, par Delcuse
    Comme il est des hasards heureux... La revue Lire, dont on peut convenir du sérieux, vient de sortir un excellent hors-série consacré à Céline. Il y a un passage savoureux qui relate ses amitiés avec les nazis, et la manière dont ceux-ci l’ont exfiltré à la Libération, vers les pays scandinaves.
    • Qui veut la peau de Céline ?
      5 juin 2008, par Michel Perhi brest
      Enfin on dira ce qu’on veut sur Celine, on continuera à lui chier à la gueule tant qu’on veut , mais un truc est sur, si les prof de français donné aux gamins "Voyage au bout de la nuit" à lire peut-etre que certains en aurait la vie bouleversé, on dit qu’ après avoir lu "Voyage" tout devient merdeux dans la litterature, c’est vrai mais ça te donne envie de lire mais au cancres comme j’etais, les pauvres gamins qui doivent se taper du Flaubert et autre conneries gnan-gnan à lire, tous degouté de la litterature, n’ouvriront plus jamais un seul livre.... C’est un sport National en France de chier sur Celine, exemple aucune plaque posé sur son ancienne baraque , alors que le moindre endroits ou Victor Hugo à daigné aller chier un coup, porte une plaque " Ici Victor Hugo à etait victime de constipation", on aura beau faire, beau dire , dans cent ans Celine ça restera un des styles les plus bandant qui existe. Faut pas se tromper de combat et jouer le Bobo avec son autocollant "SOS racisme" ou son t-shirt "Touche pas à mon pote", car tout les français qui applaudissait le general Pétain à deux mains, ce sont les meme qui scandés le nom de De Gaulle quelques semaines après, oui Celine sur le plan humain c’etait pas terrible du tout, mais depuis quand on mais au placard l’ecrivain, l’ecrivain est trop puissant pour pouvoir disparaitre derriere l’Homme, pourtant chaque année on essaye de d’en finir avec Celine , on en finira jamais. Désolé pour les fautes d’orthographes car meme si j’ai lu Céline mon Bled ne m’aura servit qu’a caller le pieds d’une table.
      • Qui veut la peau de Céline ?
        7 juin 2008, par Delcuse
        Et bien, si vous aviez appris la langue française par Flaubert, vous seriez plus aisément lisible, parce que, ok pour les fautes, je suis maitre en cette matière, mais là, c’est plus des fautes, c’est des hiéroglyphes. Nuance. Cela dit, il ne s’agit pas de chier sur Céline, comme vous le dites si élégamment, mais de dire ce qui est vrai. Il n’y a pas de règlement de compte, mais une tentative de faire sortir la vérité historique. Vous êtes fâché avec la vérité historique ?
        • Qui veut la peau de Céline ?
          8 juin 2008, par Michel per
          Quel vérité historique, que Celine etait antisemites ? Tu parle d’un scoop, Comme des millions de français à l’epoque, meme la gestapo Allemande etait degouté de toutes les lettres de dénonciation qui lui arrivait par milliers, du jamais vu. Enfin faire en sorte que l’ecrivain passe au second plan derriere cette image d’antisemites , c’est un combat qui pue c’est un combats de Facho, tu peux pas jouer les bobos et utiliser des methodes que tu denonces ? Jamais vu d’article sur Sartre qui soutenait les goulag en Russie ou soutenanait le Ché et Castro. Bon c’est vrai que Sartre n’a pas 1/10 du talent de Louis Ferdinand. Partout t’as des mecs qui chient sur "Voyage" juste parce que Céline etait facho, que tu craches sur les pamphlet ok, mais cette haine qui existe autour de Céline, on essaye juste de l’effacer des memoires, malheureusement c’est un combat perdus d’avance, le style est trop puissant, y’a des rageux qui ont passé leur vie à le faire et pourtant. C’est à cause de message Boboissant comme ont en lit un paquet sur le net, que des gars refusent de lire "Voyage au bout de la nuit" car il ont lu partout Celine=Hitler et ce genre de conneries. Dommage de passer à coté de Céline l’ecrivain à cause de l’Homme.
          • Qui veut la peau de Céline ?
            9 juin 2008, par Delcuse
            Mister, je suis au regret de te dire que tu as mal lu ma réponse. Je mets ça sur le manque de temps, si caractéristique de notre époque, et l’inattention. cela dit, Céline n’était pas comme des millions de français, parce qu’il publiait. Que je sache, il n’y a pas des millions de français qui publient (c’est dommage d’ailleurs, parce que pour le coup, ça manquerait pas de piment). Par ailleurs, je vois pas bien le rapport entre le fait de "jouer les bobos", comme tu dis, et le fait de critiquer les idées de Céline. (Une remarque, je ne sais pas ce que c’est, un bobo. Je pense même que ça n’existe pas). Céline semble être comme l’intouchable, soit on se met à genoux devant lui, soit on le méprise, mais, n’y a-t-il donc pas la place pour une autre manière de le lire ? Un truc rigolo, dire que traité Céline d’antisémite est un truc de fascho... Pour le coup, lui qui revendiquait son antisémitisme doit bien se marrer... Au passage, on peut être antisémite et stalinien, c’est-à-dire antifaschiste. Bon, bref... Si, contrairement à ce que tu dis, beaucoups d’articles ont dénoncés Sartre pour ses positions guévaristes. Celà dit, quand même, pas confondre l’aventurier Che Guevarra, et l’admiration que vouait Céline à l’uniforme allemand. Et Che Guevarra n’est pas Fidel Castro. Je soupçonne même Castro d’avoir abandonné Le Che, le livrant, pour le coup, à l’ennemi américain. Dire que Sartre n’a pas le talent de Céline.... Il y a des comparaisons impossible. Sartre est un excellent écrivain, quoiqu’on puisse penser de ces positions politiques, comme Céline, justement. Et sa thèse de doctorat, dans les pas de Heidegger, est absolument gigantesque. Comparaison impossible. Je ne voue un culte à personne ; j’essaie seulement de tirer les marrons du feu. Comprends si tu veux.
    • Qui veut la peau de Céline ?
      5 juin 2008, par regis duffour

      Cher Gilles,

      j’entends qu’il admirait les nazis. Mais lorsqu’il s’exprime sur le sort des handicapés, qu’il le fait au milieu de cadres de l’usine Ford, on est pas nécessairement dans l’élimination systématique des nazis mais dans l’usage de la faiblesse. Il se peut que Céline ait été un grand admirateur des nazis et qu’il ait eu des pendants fascistes. Louis Calaferte était bien anarchiste et croyant.

      La vie s’infiltre s’il s’agit de débordements qui jusifient que je reporte ta lecture à plus tard. Tôt ou tard je serai à quai, seul. Il sera temps alors de me raffermir à ton contact, en te lisant.

      Le Danemark accueillait Céline, le cercueil Brasillach. Et combien d’autres sont restés en France ? Dans "Journal de guerre journal d’un métèque" de Jean Malaquais, l’auteur s’ouvre de sa clandestinité (il était juif). Gide (dont on dit beaucoup de mal) l’a beaucoup aidé. Il lui désigne Giono qui l’accueille. Malaquais ne tarit pas d’éloges sur le comportement chaleureux de Giono et sur le fait qu’il en a caché beaucoup. L’éditeur Denoël "oublie" de verser ses droits de traduction à Malaquais. Il profite de la confusion l’ordure. Gallimard renvoie l’un de ses éditeurs juif, Schiffrin trouve refuge aux Etats-Unis. C’est Varian Fry qui sauvera définitivement Malaquais. Gide lui est toujours demeuré fidèle ainsi qu’à quelques autres, indésirables comme lui.

      • Qui veut la peau de Céline ?
        7 juin 2008, par Delcuse
        Donc, Calaferte n’était pas anarchiste. Par ailleurs, je ne comprends pas ton "Il se peut que Céline ait été un grand admirateur des nazis". C’est ce "il se peut" qui va pas. Céline fut un grand admirateur des nazi, et il avait en horreur Pétain. Il était en admiration devant l’uniforme nazi qu’il trouvait beau et, surtout, propre. C’est cela qu’il faut dire, parce que c’est cela qui est vrai.
        • Qui veut la peau de Céline ?
          8 juin 2008, par régis duffour
          Ce n’est pas seulement pour Celine, ni pour vos connaissances sur le sujet, mais, à tort peut-être ( ?), je nourris quelques prudences sur ce qui se dit et sur cette période et plus généralement sur les hommes connus du passé. Dans le cas de Celine et puisque vous connaissez la question je vous fais confiance Gilles.
  • Qui veut la peau de Céline ?
    7 juin 2008, par Serge Rivron

    Il fut le visionnaire qui annonça la grande folie du siècle de la mort de masse, de la mort industrialisée, des suppliciés, de la grande horreur et de la grande pagaille. L’oraison funèbre qu’il annonçait, comme un chien de traîneau flaire la crevasse, certains voulurent presque l’en rendre responsable.

    Il ne fut visionnaire de rien du tout, Céline avait juste la plaie d’être homme plus à vif que ceux qui passent leur existence à essayer de gloser sur ce qui les fascine et qu’ils ne comprennent pas. Juste un annonciateur, pas un visionnaire, ni un dénonciateur, ainsi que vous essayez de le croire et de le faire accroire, cher Marc. Céline, la guerre, il l’a attendue, souhaitée. Un soir de 1943, il a reproché à Abetz d’avoir mis les Juifs à l’abri dans des camps pour les protéger des bombardements sur les villes d’Europe ! Ce n’était pas Style, ni Vision, mais Délire, Haine, Ravage... d’humoriste, peut-être !

    Que dire ensuite de ça (je vous cite) :

    Impossible également de ne pas reconnaître à Céline une méditation intensive autour de ceux qui sont exclus, hors du coup, jugés différents. Il faut noter que Céline a été élevé au moment où la campagne d’hostilité contre Dreyfus battait son plein ; l’affaire commençait même l’année de sa naissance. Donc pas un jour sans entendre parler des juifs. Ce qui a très certainement marqué le garçon. Impossible qu’il ne puisse se persuader, entre dreyfusards et anti-dreyfusards, que les juifs ne forment une société spéciale. Une conviction qui ne devait pas s’accompagner nécessairement d’une hostilité ou d’un antisémitisme particulier. Mais qui demeurait tout de même une vraie porte à l’antisémitisme. Une conception du mot « juif » à laquelle il restera attaché sans jamais lui donner la moindre évolution, et qui lui jouera sûrement quelques tours au moment où Elisabeth Craig, sa compagne, se maria avec cet avocat juif, réveillant en lui, les « monstres » de l’antisémitisme sommeillant. Mais la définition qu’il donne au mot « juif » en étonnera plus d’un, jusqu’à l’antisémite le plus convaincu. Dès lors, deviennent juifs tous ceux qu’ils craint : noirs, jaunes, comme tous ceux qu’il honnit. Gallimard ou Gide crurent, avec Bagatelles pour un massacre, à la farce de conséquence destinée à combattre le racisme par le ridicule. Il suffit de relire aujourd’hui ces piètres pamphlets pour être aussitôt convaincu qu’ils sont véritablement sans « danger ».

    Pour commencer je crois que n’importait rigoureusement de rien à Céline le devenir d’Elisabeth Craig dès lors qu’elle l’avait quitté, et même avant si l’on en croit les témoignages de ses amis. Pour le reste, il vous appartient d’essayer de mettre au goût du jour l’insignifiant et tremblant discours qu’il faut tenir sur la judéité : les "piètres pamphlets" de Céline sont à ce point "sans danger" que lorsqu’une dizaine de réacs humoreux se payent la gueule des "ch’tis" dans un stade et sous des caméras guettées par deux millions de mongoliens (pardon pour la comparaison, j’ai le plus grand respect pour les Vrais Mongoliens - un peu comme Céline pour les Vrais Juifs), la bonne doxa du temps en fait deux semaines de fromage à la une de tous les magazines. La bonne doxa, qui pense et vend le monde en rose, qui, trouvant le style tellement sans danger le nie, l’efface et le gomme à longueur de sondages médiamétriques.

    Pour finir : il est toujours utile de faire de l’explication de texte, surtout lorsque le texte est de Céline. Mais il ne faut jamais perdre des yeux certaine ligne bleue des Vosges qui était l’horizon des lignes qu’on commente, et celle qui est la nôtre au moment où on les commente. Sinon, on parle d’un autre texte, comme dans les commentaires le soir chez Durand, Fogiel, j’en passe et des meilleurs.

    • Qui veut la peau de Céline ?
      8 juin 2008, par régis duffour

      "« Il y avait un mélange d’admiration et d’horreur pour cet ignoble personnage Céline, avec ces ignobles livres, parfaitement illisibles. » (5)

      C’est dire combien la haine était grande !"

      Je vous cite Marc Alpozzo.

      Or justement lorsqu’il s’agit d’évoquer un personnage si manifestement rongé, qui sut parfaitement discipliner sa haine à la "chronique" et puis au style ( !) ; haine dont témoignent ses pamphlets, sa hâte de voir la vermine exterminée et les "déchus de l’existence" exploités, ce produit d’une époque, fait homme, en gène plus d’un aux entournures qui se résignent à l’admirer parce qu’il y va de leur bectance et qui le trouvent horrible car on mange finalement bien mieux dans cette ambiguïté. Que Jean Malaquais qui était juif, à la même époque, soit pardonné d’être si mal ne(Z) puisqu’aussi bien il fallut à Celine du flair pour entrer dans l’histoire en la réprouvant corps et âmes. C’est ainsi pratique. Ce grand pessimisme ressort de la pratique et du pragmatisme qui vous fait préférer une opinion sans équivoques sur le mode d’un style jaculatoire plutôt que d’entrevoir la dimension de l’Ombre. Après Celine tout est fini. Certains crurent naïvement que c’est à dieu qu’on attribuerait le mot de la fin. Et Pauwels l’eut. C’est dire combien ma haine est grande si par une grossière rhétorique il vous venait de réprouver ma réprobation du bonhomme. Songez que nous n’en sommes aux prémices du style. Ce chroniqueur que fut Celine n’a que trop rarement mis en pratique, quotidiennement, la faveur de son style. Nous attendons avec une impatience mal dissimulée qu’un authentique despote oeuvre pour le style et qu’il tienne chronique quotidienne. Il y aura plus de cohérences à remplir des fours crématoires et à nous régaler d’inoubliables pages qui justifieront et illustreront ces actes. Là il s’agira de chroniques. Là seulement. Car lorsqu’on devance les actes par le style ce sont les actes qui deviennent Littérature et le style un programme d’extermination. Dont il ne se cachait d’ailleurs pas.

    • Qui veut la peau de Céline ?
      8 juin 2008, par jean laurent poli

      1)si vous aimez Céline tapez A 2)si aimez Céline mais êtes choqués par son antisémitisme tapez B 3)si vous aimez les pamphlets de Céline mais pas l’antisémitisme tapez C 4)Comment aimer les pamphlets sans ne pas être antisémite ? TAPEZ-Vous ! 5) Peut-on aimer le style de Céline en le dissociant des contenus présentés.

      A titre perso c’est le côté hygiéniste de Céline que je ne supporte pas ...Outre son antisémitisme,il ne buvait pas (comme un certain Président) détestait les noirs (après avoir été un pourfendeur de la colonisation admiré de Trostski) , aimait surtout dans chez les femmes la plasticité de leur corps de danseuse...(alors que Lucette Almanzor découverte récemment me semble un être exceptionnel)

      voila quelques petits travers de porc

      • Qui veut la peau de Céline ?
        9 juin 2008

        Et si on aime juste la littérature et le style inégalé , on tape ou ?

        Ce qui est enorme c’est que sur 10 mecs qui parlent des pamphlets y’en à 1 qui sait de quoi il parle et encore quand je dis 1 sur 10 je suis large. Moi je m’en tape des pamphlets je ne les est pas lu et je ne le ferais pas , je lis pas " Voyage" en me disant à chaque pages "salaud de Facho"... En gros pour vous on à pas le droit de trouver "Voyage au bout de la nuit" comme une des plus grosse claque jamais mangé dans sa gueule ? c’est interdit ? aimé "Voyage" c’est cautionner toute l’oeuvre de Céline,c’est ça votre raisonnement ? Qu’est-ce que vous chercher ? car on pourra toujours dire ce que l’on veut sur Celine l’homme ? l’ecrivain restera toujours et peu importe ce que l’on dit, "Voyage" ne se transformera pas en une daube à l’eau de rose de la nouvelle vedette de la litté française Guillaume Musso ou de Nothomb.

        • Qui veut la peau de Céline ?
          9 juin 2008
          Il y en qui virent des juifs partout, il y en a aujourd’hui qui voient des bobos partout...
          • Qui veut la peau de Céline ?
            10 juin 2008, par Delcuse
            Sympa pour les juifs, votre comparaison... Si, si, faut relever. Bon, si vous avez des arguments plus soutenus, je suis preneur.
            • Qui veut la peau de Céline ?
              11 juin 2008
              Il s’agit seulement de stigmatiser l’un des commentateur. Qui un peu grossièrement défend Celine en dépit de la propension délirante de l’écrivain de voir des juifs partout. Et qui (le commentateur) nourrit une semblable obsession : il évoque les bobos et la boboïsation à tout bout de champ, vous accusant, Gilles, d’en être... A se demander s’il n’y a pas chez certains lecteurs férus de Celine une tendance à la transposition "délirante".
              • Qui veut la peau de Céline ?
                12 juin 2008, par Delcuse
                Et oui, il y a des gens qui dérapent facilement, parce qu’ils ne sont pas dans la critique du sujet dont il est question, mais dans la défense de leur conviction. Ils se laissent envahir par leur affect, plutôt que tenter un débat. En ce qui concerne Céline, il semble que sa collaboration au torchon collaborationniste "Je suis partout" n’est pas une condition suffisante pour le placer du côté des salauds. Pourtant, aujourd’hui, la moindre collaboration au torchon "Présent" vous fait automatiquement basculer dans le camp des faschos, comme on dit vulgairement. Cela dit, je préfère de très loin la lecture de "Le voleur" de George Darien à celle de "Voyage..."Et ce n’est pas qu’une question de goût.
                • Qui veut la peau de Céline ?
                  12 juin 2008, par régis duffour
                  Et "Gottlieb Krumm" du même Darien... Il s’est attaqué au commerce d’une manière imparable, ridiculisant ce qui, comme on le dit, font commerce de tout. Avez-vous jamais lu Jean Malaquais Gilles ? Je vous le recommande chaudement. "Les Javanais" et "Planète sans visas" pour les romans. Ou le kafkaïen "Le Gaffeur". Pour les chroniques quotidiennes d’un soldat et d’un homme en cavale, d’un clandestin pendant la guerre son "Journal de guerre, journal d’un métèque".
        • Qui veut la peau de Céline ?
          9 juin 2008, par Delcuse
          Bon, alors, très cher, puisque tu mets les contributeurs en concurrence, qui est donc l’heureux élu de ton cœur, ce Missier dix pour cent qui semble tout juste savoir de quoi il parle ? Et qui donc a dit qu’il est interdit de lire Céline puisqu’il ne serait que, selon l’élégance des mots que tu rapportes, "un salaud de facho ?" Bon. Il y a le "Voyage..." ET il y a les pamphlets. Dans les pamphlets, Céline éructe une prose violemment raciste et antisémite, et aussi, pour l’un d’eux, franchement anti-prolos sous couvert de critiquer le socialisme bolchévik. Bon. Et alors ? Il faudrait le nier ? Pourquoi ? Je crois, moi, qu’il faut laisser à Céline sa personnalité, qui il est, c’est-à-dire un génial écrivain carrément aigri. On peut le lire sans , pour autant, faire l’impasse sur qui fut le personnage. Une chose, il n’était pas anarchiste. Inclassable, finalement, le grand père Céline. A lire sans modération, surtout, en effet, le "Voyage..."
        • Qui veut la peau de Céline ?
          9 juin 2008, par Lisbeth Craig
          c’est la plus grosse que je me suis mangée dans la gueule en effet...
  • Qui veut la peau de Céline ?
    10 juin 2008, par Delcuse

    Un correspondant attentif m’a fait parvenir ces liens. Je l’en remercie vivement :

    http://www.dailymotion.com/video/x5jg1p_celine-sartre-apostrophes-12_news ensuite

    http://www.dailymotion.com/alcyon12/video/x5jffb_celine-sartre-apostrophes-22_news

    • Qui veut la peau de Céline ?
      11 juin 2008, par régis duffour

      Celine, Sartre il ne manque que Claudel, Aragon et Françoise Sagan. Claudel le collaborateur, Aragon le stalinien et Sagan l’amie de Mitterand, celle qui négociait des marchés pétroliers dans les dictatures de l’ex-URSS moyennant de considérables backchich... Ne manque à cet émouvant tableau de la littérature nationale que Houellebecq qui s’est tout de même fendu, peu après les gros scores du FN et avant les expulsions, d’un opportuniste et prophétique "les femmes arabes sont des salopes parce qu’elles aiment ça"... Ce à quoi acquiescer un ancien de mes camarades ouvertement proche du PS et bientôt employé d’un journal gratuit de l’UMP. S’il fallait encore prouver qu’il y a d’étroites passerelles entre les uns et les autres.

      De petits pas vers la dictature un grand pas vers l’inhumanité. C’est ainsi qu’un peuple pensait avoir marché sur la lune en donnant caution à un despote sur les injonctions à peine voilées de médias acquis à sa cause...

      Anis Naccache est libre. Il est l’invité d’une émission de TV. Celui qu’on présente volontiers comme le précurseur du terrorisme islamiste. Battisti et Petrella dont la culpabilité n’est pas établie et la certitude va plutôt à les innocenter de crimes de sang, Battisti et Petrella sont l’objets de poursuites des pouvoirs despotiques italiens et français. Naccache est libre en dépit de ses aveux de participations à de nombreux attentats. Ce n’est donc pas le crime de sang que ces Etats réprouvent. Ce qu’ils réprouvent c’est ce qu’ils craignent : que lumière ne soit faite sur leur réelle nature. Des tyrannies que voilent l’idéologie spectaculaire et marchande. Ce soir des internationalistes belges qui n’ont pas la moindre goûte de sang sur les mains ont été arrêtés en Belgique.

      ***

      jeudi 05 juin 2008 Dégradations sur le chantier de la prison : la sociologue libérée hier soir Gwenola Ricordeau, 32 ans, placée en garde à vue mardi à Paris, par les gendarmes de Rennes, a été remise en liberté hier soir vers 21 h. Les enquêteurs agissaient sous commission rogatoire dans l’affaire des dégradations sur le chantier de la future prison de Rennes en 2004 à Vezin-le-Coquet. Des engins avaient été incendiés. Deux autres personnes, un homme et une femme, ont recouvré eux aussi leur liberté après avoir été entendus en garde à vue.

      Gwenola Ricordeau, sociologue, est l’auteure d’ouvrages critiques sur le monde carcéral. Son interpellation avait soulevé l’indignation de nombreux militants. Un rassemblement de soutien avait même été prévu à Paris aujourd’hui si la garde à vue s’était poursuivie.

      ***

      • Qui veut la peau de Céline ?
        16 juin 2008, par regis duffour

        On voit Jean-Louis Costes embarqué dans un spectacle où sans équivoques pour illustrer les combats modernes on fait lecture de textes d’Alain Soral et de Marc-Edouard Nabé. Pas de la Boétie, pas de Vérol, pas de Franca Maï, pas de Rivron, pas de Delcuse. L’orientation est claire. Sur un site sans équivoques où l’on se plaît notamment à louer Le Pen et Eric Zemmour on annonce, banderoles bleues, blancs, rouges, Soral au côté de Costes et Nabé, Laurent James. Littérature bleu, blanc, rouge...

        http://www.egaliteetreconciliation.fr/index.php ?option=com_content&task=view&id=821&Itemid=157

        Nos provocateurs flirtent dangereusement... Marc Alpozzo vous avez le chic pour des sujets ambiguë, Celine et maintenant Costes s’il s’avère qu’il ne se positionne pas comme par ailleurs on l’y oblige il en sera quitte pour que l’on comprenne à quoi on doit des subventions d’Etat...

        • Qui veut la peau de Céline ?
          17 juin 2008, par Delcuse
          J’avoue, moi aussi, ne pas bien savoir sur quel pied danser avec Marc Alpozzo ; ou plutôt, je crains de trop bien savoir, justement. Céline était à défendre lorsqu’on ne connaissait de lui que l’écrivain ; il ne l’est plus dès lors que l’on sait qu’il collabora avec les nazi. Et je ne fais pas là, référence à ses livres antisémites. Après tout, à l’époque, même les communistes (staliniens) étaient antisémites. Je fais directement référence au fait qu’il était cordialement invité à la table de ces Messieurs en uniforme noir rehaussés d’une croix gammée. Cela dit, ça n’invalide pas l’écrivain pour autant ; faut faire quand même le distinguo. Je rappel que beaucoup de salauds furent, et sont, d’excellents écrivains. Et oui, ce serait tellement plus simple si les ordures étaient médiocres. Et bien, c’est raté, voilà tout. Par exemple, je me plais à lire le dangereux pathologique Robespierre, qui avait un véritable talent de poète. Comme quoi...
          • Qui veut la peau de Céline ?
            18 juin 2008, par jl.poli
            entièrement d’accord avec vous Gilles, Céline est un génie littéraire et une ordure . C’est d’autant plus difficile à accepter qu’on aime l’oeuvre. Mais passée la phase de schizo galopante il faut accepter l’idée que ce type ne nous aurait peut-être jamais adressé la parole.
            • Qui veut la peau de Céline ?
              18 juin 2008, par Delcuse

              Albert Camus écrivait, à propos de Céline : « Je continue à penser que l’esprit libertaire ne peut se permettre la plus légère indulgence à l’égard de l’antisémitisme sans se nier lui même et commencer à s’avilir. »

              Je pense, même, que Céline nous aurait tout simplement balancé, tous les deux, à ses grands amis de la Kommandantur. J’entends dire ça et là qu’il fut médecin des pauvres, et qu’il ne faisait pas payer. Et alors ? En quoi, cela l’absoudrait de son admiration pour l’uniforme Nazi ?

              Encore une fois, on peut être un fieffé salaud, et rester urbain. Céline, c’est pas Wilhelm Reich, lequel, comme médecin psychiatre et communiste marxiste, a payé de sa vie pour ses idées généreuses.

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