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Le mieux était encore d’évaluer les dégâts et les préjudices subis à-postériori...
Amanda mange sa tomate fraîche, découpée en deux, en deux bouchées pas une de plus. Avant de s’enfiler deux doigts dans le fond de la gorge et la dégueuler... Elle admire la bouillie réalisée par ses mandibules presque déchaussées (elle aime à penser que tout part enfin en vrille sur elle).
A travers la porte du garage, elle entend brailler cette voisine africaine... Elle se dit : "On sait jamais d’où ils sont vraiment en Afrique, les africains..."
C’est la bouffe qui compense en fait cette dilatation violente de la liberté de chacun. Amanda y pense. Amanda se dit que Flavio, du fond de sa cellule limite repeinte à la pisse et à la violence hormonale de ses congénères, s’offre des demi-journées de liberté à l’intérieur de sa tête. Il se balade (il lui écrit - de longues envolées lyriques de mauvaise qualité mais véridiques violemment couchées sur le papelard du courrier qu’il parfume de sa sueur pour "faire rêver" Amanda - la sueur du bad boy au prénom du sud la submerge, l’assassine de désir puissant) dans sa tête, sa face de taulard au regard ténébreux.
Et... au parloir, lorsqu’elle l’écoute - "je l’observe" - accrochée à sa gestuelle succincte, ses mimiques, ses expressions, ses sourires nerveux, elle se plonge dans ce regard perçant, un peu vitreux comme des larmes de trop, et y perçoit la construction de la liberté...
Celle du voyou qui s’est libéré des conventions et des contraintes dès la petite enfance.
"Mes parents étaient des ordures. J’ai fini dans des familles d’adoption. J’ai lu pas mal de livres pendant ma première incarcération -incarcéré ça fait penser à la dame, sur le siège passager, écrasée dans la taule, les plastiques, les bris de verre de la belle tuture à son con de mari qu’a fait le Fangio pour pas louper une minute de la location d’vacances ce con."
Amanda voyait dans son amoureux d’la prison, un homme libre de tout, quant elle hachait ses journées avec des plannings de ménage, de repas mangés/dégueulés, de soirées d’jeunes étudiants fauchés qui se résumaient à de la musique gueulante, l’absorption d’alcool, la fumette en continu et des conversations merdiques sur "le monde il est pourri- et t’aimes le dernier album de- t’as la ps2- plus tard je ferai pas comme mes cons de parents- qui fait les courses demain- tu sais quoi j’y comprends rien à la droite la gauche- on fait un jeu- t’as vu Martial il paraît qu’il a couché avec sa tante- ah ah ah j’me fais chier mais j’suis défoncé alors j’me fais pas chier..."
Ils se définissent contre...
(Extrait du roman en cours d’écriture).
Andy Vérol est l’auteur des Derniers Cow-boys Français

