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Crédit Photo : Nicollet vu par Franca Maï
Il y a une bande orange qui traverse le ciel noir et gris.
Les traits blancs sur le macadam défilent comme les sillons d’un vinyle... Ils prévoient des tempêtes un peu partout, mais ça n’effacera pas mes secrets, mes fantômes... ça les renforcera... Ils seront plus nombreux, ils feront proliférer les heures nocturnes. Ils irriteront mes yeux pendant mon sommeil. Nous nous parlerons à l’envers comme pour nous rapprocher du point de rupture de leurs existences effacées...
Des fantômes portant encore les traces de leurs disparitions : cicatrices, plaies, hématomes, maigreur, grosseurs, visages terrifiés, épuisés, organes malades, corde au cou, éclats de carcasses de voiture, balle dans l’intestin, ... Des cris dans les heures nocturnes prolongées... des coups de marteaux dans la gueule, des fossés comblés de colères... L’alcool, le compagnon, la drogue, une maîtresse, les apnées volontaires dans l’eau rougie par le sang, la voix du chef des fantômes, installé dans le placard.
Des chiennes de vie en errance coincées entre les murs d’un appartement HLM... La proposition la plus sensée que le Diable puisse faire à des merdiques occidentaux...
Engoncés dans des culottes bon marché, étriqués dans des pulls de marques fabriqués en Chine ou au Maroc... Des fantômes "fashion" aux visages écorchés, la viande de leurs gueules luisant de sang, de lymphe, de chair, de nerfs et de sueur... Des fantômes beaufs qui rêvent de foot, de voitures et de vacances au soleil (avec des tire-fesses plantés dans le sable d’une plage estampillée propre/drapeau bleu)... Des fantômes jeunes qui picolent dans des pubs, des fantômes vieux qui se "pochetronnent" dans des rades de villages ou des bistros de cités banlieusardes déchiquetés par la tristesse et les engueulades...
Des fantômes toujours à l’heure, près de leurs sous qui s’achètent une maison, qui baisent leurs femmes fantômes à l’arrache... Des fantômes très malades, et d’autres en forme... Des fantômes qui simulent la bonne humeur, font semblant de parler à l’endroit tandis qu’ils pensent à l’envers... Des fantômes qui restent assis des heures dans leur voiture, moteur allumé, fenêtres fermés, en attendant que la tempête s’arrête...
... et la tempête ne s’arrête pas...
Il y a une bande orange qui traverse le ciel noir et gris.
Les traits blancs sur le macadam défilent comme les sillons d’un vinyle... Ils prévoient des tempêtes un peu partout, mais ça n’effacera pas mes secrets, mes fantômes... ça les renforcera...

