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Le monde et nous
On nous l’avait pourtant chanté sur tous les tons : un plan d’aide Europe/FMI tout ficelé frémissait sur le feu, prêt à être servi à la première demande pressante du moribond. Cet appel au secours est officiellement tombé vendredi 23 avril et... rien encore de concret !
Tergiversations européennes
Pendant le week-end, des causeries fiévreuses, quelques leçons de morale, quelques grandes claques dans le dos pour se donner du cœur à l’ouvrage et faire croire aux féroces marchés que...
Lundi 26 avril, Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, a officiellement mis son veto au versement de l’aide financière à la Grèce tant qu’Athènes n’aura pas présenté d’abord un programme crédible de réduction de son déficit. (Ah bon, ce n’était pas fait ? On aurait cru...)
« Ce n’est pas un sauvetage de la Grèce, c’est une consolidation des murs de l’Europe, des murs de l’euro, c’est un sauvetage de chacun d’entre nous ! » s’est écrié Franco Frattini, ministre italien des Affaires étrangères, inquiet de la « rigidité » allemande.
Risques de contagions en vue
Inquiétude largement justifiée. Mardi 27 avril, la Banque centrale européenne (BCE) lâchait officiellement que certains pays européens connaissaient des difficultés similaires aux affres subies par la Grèce. Même jour : la baisse impromptue de la note de confiance portugaise ébranlait les places boursières.
Et les autres de se regarder les doigts de pieds, toujours sans réagir. Être « solidaires » ne veut pas dire être « complaisant », a susurré la ministre Lagarde, prudente. L’art de reculer pour mieux sauter... en arrière !
C’est que chacun en est persuadé : une aide éventuelle à la Grèce, outre que ses effets sont loin d’être garantis dans le temps, présente des risques énormes pour les “sauveteurs”.
Une aide intéressée... et à gros risques
Pour aider la Grèce, il faut que les pays de l’Union européenne, déjà surendettés, empruntent encore et encore... sans vraie certitude d’être un jour remboursés par l’emprunteur !
D’où ces pathétiques tentatives de gagner du temps en demandant à l’infortuné Premier ministre Papandréou des « garanties » sous forme de couteaux sous la gorge.
Et qui n’ont pour effet que d’humilier un peu plus la population grecque, surtout quand ses “généreux” donateurs (qui ne lui ont toujours rien donné ! ) lui font comprendre qu’elle sera de toute façon le dindon de la farce : “l’aide” de l’Allemagne ou de la France se fera au taux de 5% pour des sommes que ces pays auront empruntées à 1,5%. Soit 150 millions d’euros de gains pour la France, comme s’en est vantée avec finesse Mme Lagarde.
Le dilemme cornélien des partenaires communautaires
Le dilemme qui se pose aujourd’hui aux partenaires européens est, en fait, des plus cornéliens :
* Soit ils aident la Grèce comme promis, mais en creusant le fossé déjà abyssal de leur propre endettement, et surtout au risque de perdre toutes leurs mises avec fracas si le défaillant faillit tout de même au bout du compte (ce qui est tout à fait envisageable) ; * soit ils lâchent le naufragé... mais coulent le « navire euro » sur lequel ils tanguent ; laissent le champ libre aux marchés carnassiers qui s’en donnent à dents acérés sur les ruines ; et surtout, cerise aigre sur le gâteau sec, abandonnent tout espoir, malgré leurs besoins pressants, de voir la Grèce rembourser ses dettes d’AVANT (n’oublions pas qu’un pays comme la France est déjà l’un de ses plus gros créanciers).
Quelque soit le tortueux chemin choisi au final, l’issue ne peut qu’être douloureuse et laissera de profondes traces mutilantes dans les futures relations communautaires.

