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Ricoeur versus Artaud : de la confusion et des clartés sur et dans la pensée.

Catégorie free littérature
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(JPEG) Le 21 Mai 2005, Monsieur Paul Ricoeur décédait, cédait la vie qui le quittait. Sise en « la parole » chez les vivants, ces Oiseaux, Paul Ricoeur continua et continue encore sa vie puisque, dès le dernier souffle expiré, les « grands » médias, parce que d’influence, déclarèrent, tel « Le Monde », qu’un « grand philosophe venait de mourir ». Son directeur de publication prit sa plume, et, trempée dans l’encre de ses larmes, dit haut et fort combien ce journal, lui-même, quelques-uns de ses collaborateurs, etc..., devait à cet homme de... pensée.

Pensée ?

Si vous consultez les sites spécialisés « en philosophie », c’est-à-dire ceux qui savent et disent qui sont les philosophes - en somme, ceux de la tradition puis les professeurs de philosophie qui ont écrit-, Paul Ricoeur fut éminemment homme de pensée.

Pourquoi ?

Il écrivit beaucoup, une foultitude de livres, puisque, « Car Paul Ricoeur, à l’instar de Claude Lefort, est un « homme de revue ». Il publie de nombreux textes dans des périodiques souvent marqués par le protestantisme social (« Christianisme socia », « Terre nouvelle », « Réforme » ou encore « Temps nouveaux »).

Il est aussi un « ogre de lecture », selon le mot d’Olivier Mongin : il lit et commente avec une endurance étonnante, Hannah Arendt, Eric Weil, Karl Jaspers, Jan Patocka (l’un des trois porte-parole de la Charte 77), mais aussi Claude Lévi-Strauss ou Mircea Eliade, les grands textes de la littérature ou encore le « Grand Code » biblique » Lire magazine-littéraire (http://www.magazine-litteraire.com/archives/ar_390.htm).

Ces quelques phrases disent l’essentiel sur l’homme.

Paul Ricoeur fut-il l’homme de la CREATION d’une pensée, comme il y eut Platon et le malentendu platonisme, Epicure et l’inverse épicurisme ? Non : nulle trace, et ses fidèles s’en réjouiront sans doute, de ricoeurisme - et pourtant, ils évoquent avec émotion l’homme - de pensée.

De pensée, puisque donc, aujourd’hui, l’écriture vaut la pensée, l’écriture EST la pensée, et que dire alors d’une écriture qui parle de la pensée, écrit sur la pensée, sur l’histoire de la pensée, comme le fit Paul Ricoeur ?

Paul Ricoeur capitalisa les pensées importantes du siècle - à commencer par « la révélation » Freud - il y a quelque chose comme de l’inconscient, où il y a, de la folie, du sexe, de la violence, du désir... Paul Ricoeur lit, et puis il écrit-sur ; assis sur, sur de son assise, il écrit, et il raconte... ce que les autres ont dit. Quelle est la pensée de Freud ? Il vous le dit. Quelle est la pensée d’Eric Weil ? Il vous le dit. Que... ? Il vous le dit - Paul Ricoeur a inventé la spécialisation philosophique dans les autres pensées, finissant par titrer un jour, « Soi même comme un autre ».

Soi-même, Paul Ricoeur, comme Freud - c’est-à-dire grand parmi les grands ? Etrange comme que d’autres envahissent, la Mer est ouverte par le bâton de Moïse - allez-y...

Certains sont sceptiques sur l’homme : « Cette multiplication des lectures ajoutée aux difficultés internes de l’œuvre ont pu rendre Ricoeur quelque peu vulnérable aux critiques (ceux qui en font plus un lecteur qu’un inventeur de concepts originaux, comme ceux qui voudraient limiter son œuvre à une théologie masquée, comme si le religieux était le ressort caché d’une pensée qui a pourtant pris soin de proclamer l’autonomie de la philosophie par rapport à la religion) »

Et dire que l’auteur de ses phrases pense que ses lecteurs ignorent que la « déclaration d’autonomie de la philosophie par rapport à la religion » provient en droite ligne du protestantisme - Paul Ricoeur est protestant - et de Kant - qui devait bien être autonome eu égard aux théologiens, sinon qu’eusse été son travail ?

Mais, une fois passé sur cette phrase-du-type-qui-prend-ses-lecteurs-pour-des-incultes (sans doute parce qu’il ne partage pas son culte), il nous revient en mémoire que Paul Riceur était donc..., protestant, chrétien, et qu’il mit, souvent, régulièrement, très souvent, la Bible, l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, au coeur de ses méditations. Soi-même - chrétien, comme un autre, non-chrétien ?

Oui, avant, et puis les autres, les non, qu’il faut convertir, en douceur. Alors Paul Ricoeur fut professeur à la - à la ? Vous ne devinerez jamais : à la « Divinity School », de Chicago, fondée par un certain John D. Rockefeller -connais pas...-...(1)

Réfléchir par, réfléchir sur, c’est, nous dit le consensus mou national, PENSER - et si ce n’était rien d’autre que du travail anatomique sur le CORPS MORT de LA PENSEE, rien d’autre ?

Et est-ce que la pensée a pour finalité de nous permettre de VIVRE COMME SI NOUS ETIONS DEJA MORTS, dans la contemplation du CORPS MORT DE LA PENSEE, ou LA PENSEE, DOUBLE DE LA VIE, a t-elle pour objet d’animer cette vie, d’atteindre des intentions ? Qu’est-ce à dire ? Que Monsieur Paul Ricoeur fut un nain au pays des géants, mais que, une fois juché sur leurs épaules, il crut, lui, être un géant ? Lui, le crut-il, à la croissance de sa valeur ? Ou sont-ce les autres qui le proclament re-né, born again, géant après... ?

Qu’est-ce à dire, que « j’ai lu tous les livres de Monsieur Paul Ricoeur » et que, « hélas, la chair est triste », et que je veux fuir, fuir, là-bas ? Qu’est-ce à dire, que je conseille de ne pas lire et d’ignorer ? Non.

Il faut, lire, le lire, pour savoir - savoir que Monsieur Paul Ricoeur a vécu et est mort sans oeuvre, sans qu’il soit entré dans la vie, a vécu dans les habits d’un fantôme qui ne dérangea pas et ne dérangera pas le cours du monde, parce que c’était la condition sine qua non de son confort moderne ?!

Lisez-le, lisez tous les « auteurs » inutiles, payées par des Gédéons et par d’autres, pour vendre, une fois de plus, le vendredi, saint, et le reste de la semaine, Iéchoua échoué sur les sables du temps..., LISEZ PAUL RICOEUR pour faire face à l’IMITATION DE PENSEE - ce que vous devez comprendre par vous-même, la différence entre PENSER, créer, et faire COMME SI. Comme s’il était possible qu’un homme eut « sa philosophique politique », « sa philosophie morale », et puis aussi « sa philosophie de l’architecture », de ceci, de cela, de la merde, de tout - car n’est-ce pas cela fait tellement de livres à écrire !

Lui, le chrétien, lorsqu’il a dit, « ich bin chrétien », il aurait du s’arrêter là et se poser une question, pas n’importe laquelle, essentielle, philosophique : est-ce possible d’être chrétien ? Est-ce que le chrétien n’est pas réservé à Iéchoua ?

Sinon, dès qu’il s’agit de prescrire et de suivre, des rites, des codes, de REPETER, des rites, des codes, des phrases, des textes, n’est-ce pas de l’IMITATION DES UNS DES AUTRES ? Et qu’est-ce qui est chrétien là ? Iéchoua était-il du genre à vivre et faire comme les autres ? Iéchoua vivait-il comme si tout était déjà joué, autrefois, dans un lointain passé, ou était-ce au et dans le présent, son présent, qu’il fit un présent, le don de son CORPS MAGIQUE ?

Car Iéchoua avait un corps exceptionnel, des - dons, qui aident - quand d’autres sont nés atrocement faits, sans la moindre trace de pouvoirs, ou de leurs souvenirs. Quoiqu’il en soit, il vecut POUR LUI, pour réussir ce qu’il voulait atteindre POUR LUI, et s’il s’est donné en pâture aux imitations, c’est parce qu’il a FAIT - de la magie, n’en déplaise aux t’es-aux-logis-hein. Et qui peut le suivre sur cette voie ? Paul ? Paul ne s’est-il pas, beaucoup, intéressé aux pièces de monnaie frappées par César ? Iéchoua les rendait, Paul et compagnie, avec tous les protestants, les gardaient, les accumulaient. « Etre chrétien » donc comme il y prétendit, c’était ne RIEN ETRE, sans compter que c’était aussi et surtout MENTIR.

Penser, cela ne peut être raisonner sur l’acquis, dans le labyrinthe du Minotaure : les murs sont comme cela, ... Sinon, penser serait apporter moins que nous n’avons reçu - et PENSER, c’est ajouter ce qui n’est pas, encore, à ce qui est, c’est FAIRE DE L’ETRE !

Entre la surface du jeu d’échecs qui est réservé aux petits joueurs et nous, il y a le monde, l’espace du Je, du Jeu, du vrai et du grand Jeu - la VIE.

Il ne s’agit pas pour moi, en tout cas, de vivre comme si je ne vivais pas, de passer mon temps à être fan, de passer mon temps à vivre dans la dévotion de, à passer mon temps à tuer le temps - horreur de ce choix et de cette folie, NIER LE TEMPS, l’ESPACE TEMPS.

Il n’y pas ici d’EGALITE, du héros, du conquérant, du découvreur, du génie, au fonctionnaire qui remplit très exactement une fonction que d’autres ont écrit et décrit avant lui, faisant de lui un être de fiction, un être-fictif. Une part essentielle de la souffrance des âmes-sons de notre temps réside là, dans ce sentiment partagé et d’évidence qu’un Je, comme celui de Michel Houellebecq, ne représente pas grand chose dans l’Histoire, n’aura été qu’une ombre ressemblant vaguement à un être.

Qui « était » -pardon pour la puissance du verbe...- Paul Ricoeur ?

C’était un penseur-Télérama - un penseur que les Téléramistes pouvaient comprendre. Il faut lire ces lignes d’extase de Catherine Portevin : « Tout Paul Ricoeur était là : son appétit pour la pensée d’autrui, son goût immodéré du dialogue, sa rigueur, sa curiosité, son scrupule, son sourire, aussi, qui était bienveillance autant qu’émerveillement. Rien n’était plus précieux pour lui que de se confronter aux pensées d’avant lui et à celles de son temps. Banal pour un philosophe ? Voire... Lequel, en ce siècle et dans le précédent, aura montré, en lectures, en écriture et en actes, plus d’ouverture d’esprit que lui ? D’autres furent brillants, profonds, géniaux, », car Catherine Portevin, sait, elle, qui peut être génial et qui ne l’est pas - exemple typique de la catastrophe scolaire qui fabrique des esprits-suffisants.

Et cela continue : « Il fut effectivement le seul à réellement dialoguer avec les sciences humaines, l’anthropologie, la psychanalyse, la linguistique, l’histoire... et même avec les sciences dites « dures » comme la biologie (il fut membre du Comité consultatif d’éthique et publia des entretiens avec le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux). Et, ce que l’on sait moins, il voyageait à travers les langues : il est l’un des rares intellectuels français à s’être constamment tenu au fait des publications en allemand et en anglais (anciennes et contemporaines). Il s’est intéressé à la philosophie analytique anglo-saxonne, a dialogué avec Charles Taylor, John Rawls, Michael Walzer ; il n’ignorait rien de Gadamer, Habermas. En France, il éprouvait un grand intérêt pour Foucault et Deleuze, avec lesquels il n’avait intellectuellement que peu de points communs, et de l’affection pour Emmanuel Levinas, avec lequel il en avait beaucoup. ». Pour continuer avec des métaphores d’une lourdeur : « Son oeuvre est comme un chemin grave et clair tracé dans les taillis, une pensée qui ne construit pas de système mais suit souplement - avec cependant une structure conceptuelle en granit - le fil des idées : la question de la volonté (son premier sujet) le mène vers celle du mal, celle-ci ouvrant vers l’inconscient et la psychanalyse, qui à son tour débouche sur la valeur de l’interprétation et du récit.

Ce qui le conduit à s’interroger sur « comment on écrit l’histoire », et, plus largement, sur les relations du récit et du temps ; : le récit nous permettant de saisir notre place dans le temps. D’où cette si précieuse notion d’« identité narrative », selon laquelle mon identité est le récit que je me fais de ma vie. ». Découverte héroïque et sublime de Paul : « mon identité est le récit que je me fais de ma vie ». Autrement dit : je me raconte. Paul Ricoeur avait découvert qu’il-se-racontait... Inouïe, incroyable, extraordinaire. Descartes, qui demande dans les Méditations un point qui fut si sur pour tout reconstruire, aurait-il loupé « l’identité narrative » ? Mais nous, nous sommes si chanceux, car nous pouvons li(v)re les liv(r)es de Paul Ricoeur...

En fait, il y a tellement longtemps que Paul Ricoeur était mort. Voilà chose qui ne se dit pas. Et pourtant, il faut le dire : d’un universitaire, fut-il autant décoré qu’un général de Staline après la victoire de 45, d’un « homme politique », le Président de la République par exemple, ou Monsieur Raffarin, ... Il ne suffit pas d’exister pour être - il ne suffit pas de parler pour penser - il ne suffit pas de penser pour réussir à accrocher des pouvoirs et faire. Les impuissants ont les champs - de « la » politique, de « l’ » économie, pour y croire, pour se mentir.

Le Ministère de la Parole Cléricale sévit partout - everywhere. Qu’est-ce que ce Ministère ? C’est la prétention à une autorité, fondée sur une « science du Bien », dont l’activité réside dans la seule énonciation de ses jugements, autrement dit, c’est la violence des Mollahs iraniens et des Présidents des Etats, idolatro-théo-crassie. Le face-à-face est illusion : les Etats-Unis prétendent être fondés en Dieu, l’Iran itou. Ces autorités, ainsi « justifiées », selon leur illusion et leur folie propres, ainsi, tuent.

Et en France ? La République catho-laïque est-elle le régime de la douceur ? Le Sarko-show annonce déjà la mobilisation des faisceaux cathodiques.

Le Ministère de la Parole retrouve vigueur, énergie, et surtout cruauté, filouterie, manipulation, démagogie tous azimut. Face à cette compagnie spectaculaire de la société dite, du, spectacle, il y a ceux et celles -enfin, celles, les femmes-femmes, et les femmes-hommes, les couples telluriques des femmes-femmes avec des femmes-hommes.

Elles et eux n’ont pas de livre sacré à répéter ; ils s’interdisent tout mantra, ils s’interdisent de répéter. Leur credo est tu, puisqu’il est l’expérience elle-même, et les mots, de plus en plus mis à l’écart.

Je suis d’ailleurs, ici, en défaut, en faute, je ne suis pas encore guéri de la maladie internationalement mentale. Vais-je commettre la folie de mêler Antonin Artaud, sur la voie de la guérison, à ces sommes qui assomment ?

Vais-je faire de lui un « guru »,celui-qui-a-tout-dit-comme-il-faut ? Non.

Je vais commencer, par amour d’Antonin, à critiquer Artaud. Je vais dire qu’il devrait avoir honte d’avoir laissé une civilisation bétonnée détruire son corps. Puisqu’elle voulait le détruire, il pouvait, il devait partir. La route, ce n’est pas, seulement, fait pour les chiens ! Mais il tenta, au moins, en apparence - jusqu’en Irlande, avant d’être ramené de force, vers la camisole.

« On ne peut être malade quand le ciel est si plein de forces et d’aither (...) » (Textes écrits en 1947, « Oeuvres », Quarto, page 1510).

Or, telle est bien la question, qu’il faut pénétrer et non nier :

pourquoi sommes-nous si malades dans ce qui ose s’appeler une civilisation ?

visiter le site Jean-Christophe Grellety

(1) Founded in 1891 by John D. Rockefeller, the University of Chicago is a private, coeducational institution located on the South Side of Chicago. Under the leadership of its first president, William Rainey Harper, the University introduced innovations that are now considered commonplace in American colleges and universities : the four-quarter system, extension courses and programs in the liberal arts for adults, the junior college concept, equal opportunities for women in education, and an emphasis on broad humanistic studies for undergraduates. Throughout its history, the University has sought to maintain an atmosphere of free, independent inquiry that is responsive to the needs of communities outside the University itself. Today, the University includes six graduate professional schools (Business, Divinity, Law, Medicine, Public Policy, and Social Service Administration), four graduate divisions (Biological Sciences, Humanities, Physical Sciences, and Social Sciences), the undergraduate College, and the Graham School of General Studies. A distinguished Semiticist and a member of the Baptist clergy, William Rainey Harper believed that a great research university ought to have as one central occupation the scholarly study of religion, to prepare scholars for careers in teaching and research, and ministers for service to the church. These commitments led him to bring the Morgan Park Seminary of the Baptist Theological Union to Hyde Park, making the Divinity School the first professional school at the University of Chicago. The Divinity School is located in Swift Hall, on the main quadrangle of the University’s campus and in close proximity to the Divisions of the Humanities and the Social Sciences. Cross-disciplinary work, a long-standing hallmark of the University, is strongly encouraged and in some respects institutionalized : many Divinity School faculty hold joint appointments with other departments in the University, students can and regularly do register for courses outside their specific academic location, and dissertation committees frequently feature coadvisers or readers from other parts of the University. From its inception, the Divinity School has pursued Harper’s vision of an institution devoted to systematic research and inquiry into the manifold dimensions of religion, seeking to serve both those preparing for careers in teaching and research and those preparing for careers in ministry. The School has served for decades as the largest single institutional educator of faculty members for theological seminaries, departments of theology, and programs in religious studies across the spectrum of educational institutions that comprise American higher education. At the same time, the School is privileged to number among its alumni a long and distinguished list of ministers, and continues this tradition today through a Master of Divinity (M.Div.) curriculum that prepares ministers for a life of service to the public church



Publié le 19 juin 2005  par dieusansreligions


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