e-torpedo le webzine sans barbeles



Travellers en Enfer (témoignage Technival Prague 2005)

Catégorie société
Il y a (63) contribution(s).

(GIF) Au commencement était la joie....

Les convois partirent dans la nuit pour se retrouver à Pilzen, en direction de la frontière allemande.

Quelques jours auparavant, les travellers et particulièrement les français s’étaient faits éjecter du parking du Cross Club par la police de Prague, les robocops tchèques sans âme.

Les camions aux immatriculations étrangères sont souvent mis en fourrière, qu’ils soient bien ou mal stationnés. On aime guère les français ici : ils envahissent le pays, s’installent comme des princes dans la ville, prennent les femmes tchèques dont ils raffolent et qui ne demandent que ça et surtout, ils ne sont pas de bons consommateurs, trafiquants survivant dans les milieux alternatifs plutôt autonomes, vivant dans leurs camions avec leurs chiens et leurs déguaines post-punk, perçés et tatoués.

Ca fait tâche et crade pour une ville comme Prague, -symbole de la propreté de l’Est- dont les touristes raffolent !

Défaut principal du traveller français ?

Envahir les free party et les technivals tchèques au point de tripler ou quadrupler la taille de l’événement... Shit ! Il faut dire qu’en France, la guerre à la tekno est déclarée depuis longtemps, les travellers -moutons noirs de la société- sont chassés à tout vent... Quant au tchèque sa xénophobie n’est plus à prouver...

Pilzen, quatre heures du mat : des dizaines de mètres de camions arrêtés sur le bord de l’autoroute. Il n’y aura pas de teknival ici, l’endroit est déjà banni et envahi de Robocops. C’est le chaos qui commence ! On attend un peu et les news tombent : il y a un terrain loué par les organisateurs tout près de la frontière.

Ca ne me dit rien qui vaille. Je sens que l’on va se faire raccompagner gentiment vers l’Allemagne, mais si je l’ouvre, on va me dire que je suis défaitiste alors je pense en silence, couchée au fond du camion, essayant de me reposer avant l’orage.

C’est le petit matin, et tous les camions sont acculés sur l’autoroute. Quelques kilomètres de bouchons. Nous ne pouvons plus avancer, le premier barrage de police ferme l’entrée au site, seuls quelques camions ont pu se faufiler. Impossible de faire machine arrière, on ne fait pas demi- tour sur l’autoroute et les quelques fous qui tentent de démonter les glissières de sécurité se font rosser sans attendre. Les heures passent, le soleil monte au zenith et nous avons avancé de quelques mètres, les crs ont libéré un passage pour que les poids lourds et les touristes pris dans le convoi puissent sortir.

Ca sent le cramé, il ne reste que nous, les vilains, piégés sur cet autoroute fermé de tous cotés. En attendant, quelques uns, distribuent du café et tout le monde s’installe sur le bitume, encore confiants, ce teknival doit avoir lieu, c’est la douzième année !

De l’autre coté, les flics s’additionnent, on voit passer sur les routes annexes des camions de l’armée et un hélico commence à faire des rondes dans le ciel orageux.

D’abord, une vingtaine, puis trente, puis cinquante. Les crs prennent place, narguant les travellers pacifistes de leurs rires narquois et vicieux, attendant le feu vert pour foncer dans le tas. Le feu vert de qui d’ailleurs ?

Tout ça n’a pas l’air bien légal ! Les organisateurs ont appelé un avocat, à moins qu’il n’arrive par les airs à dos de pigeon, on n’est pas prêts de le voir !...

Les lances à eau s’installent, à l’avant et à l’arrière du convoi, comme sur le site. Nous sommes définitivement piégés.

La tension monte, il faut se barrer.

Les potes ont un camion plein de son et de victuailles, il paraît que les flics commencent à saisir tout ce qui traîne sur le site. Enfin la sommation tombe, nous avons quarante minutes pour dégager la route avant la première charge. La frontière est à 5 kilomètres, ils laissent passer ceux qui veulent partir et les autres se feront casser la gueule purement et simplement !

Rappelons que le traveller est un être généralement pacifiste et non-violent...

On entend les rumeurs. Des camions ont déjà été attaqués par les forces du désordre, quelques travellers blessés, trainés pas les cheveux. Nous voyons de l’autoroute les premiers jets d’eau sur la foule, cette fois c’est la fin.

La mort dans l’âme, nous suivons le convoi de départ et nous partons juste à temps, regardant le défilé de Crs commencer à charger les gens : jeunes filles et jeunes hommes innocents qui se font matraquer gratuitement. Les caméras filment les yeux dégoutés et les visages dépités.

Nous nous retrouvons sur l’aire d’autoroute à quelques pas de là, nous faisant jeter par les touristes français qui aimeraient bien pique-niquer au calme sur les pelouses, se foutant éperdument de ce qui se passe, non loin de là.

Il faut partir. La police menace de venir nous casser la gueule ici si nous ne dégageons pas. Nous quittons nos potes qui repartent vers Prague et prenons le chemin de l’Allemagne, le coeur bien lourd.

Deux jours plus tard, les nouvelles de nos amis nous glacent le sang.

Le samedi, le site était ouvert à tous et tous y ont cru, confiants et heureux de pouvoir enfin faire la fête. Ils sont allés tout droit dans les griffes du loup car une fois installés, les forces de l’ordre ont chargé tout le monde, à coups de matraques, de gazs et de bombes, écrasant mortellement au passage un innocent, blessant beaucoup de gens, cassant beaucoup de véhicules.

Les travellers furent sommés de regagner la frontière et les Rocobops locaux gagnèrent la petite guerre dans la plus grande illégalité.

Les teuffers eux, pour une fois avaient une autorisation de terrain, venaient en paix au douzième teknival tchèque qui n’eut jamais lieu.

On attend maintenant bien entendu, la loi qui interdira définitivement les free party en république Tchèque, soi- disant nouvelle destination réputée cool pour les travellers. On m’en reparlera !!!

Des faux-témoignages, des signatures en bas de dépots de plaintes forcées, la police locale n’a rien perdu de ses méthodes radicales d’autrefois...sans doute, des nostalgiques du parti !

La guerre continue et ne s’arrêtera certainement pas là. Le traveller est un danger pour tous les états du monde -sorcier dangereux apportant son message de liberté et d’indépendance- tels les gitans d’hier, refusant de bêler et de marcher au pas -artiste troubadour céleste- il n’a pas fini d’en voir et de se faire tirer dessus !

Mais on lui souhaite bonne et longue route -coûte que coûte- dans la paix et dans la joie...



Publié le 3 août 2005  par manuji


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin