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La peur : méthode de gouvernement par Jean-Jacques Rey

Catégorie société
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Depuis quelques mois, plus je vois, plus j’entends, plus je comprends que des hommes "providentiels" veulent encore instrumentaliser la peur comme moyen d’accéder au pouvoir ; c’est la méthode favorite des césars et des populistes depuis des siècles. Dans le contexte de la peur, on peut tout rogner, jusqu’aux droits fondamentaux de l’Homme : vous l’avez sans doute remarqué ces jours-ci... ;-)

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On manipule les gens d’une manière éhontée et on cherche à les diviser, en stigmatisant les uns pour plaindre les autres ; mais 2007 risque de ne pas ressembler à 2002... Même les plus niais d’entre nous, savons à quoi nous en tenir maintenant (si ce n’était bien avant !) sur les ressorts des maîtres-chanteurs de la démocratie : politiciens de métier, vendus au libéralisme économique, droite et gauche confondues. Ces gens-là ne savent qu’exhorter à l’effort, en se ménageant leur confort. Je pense même que la plupart d’entre eux ont la flemme de vouloir étudier des projets alternatifs, crédibles, pour influer sur un ordre social, particulièrement délétère : ils risqueraient d’y perdre plus qu’ils y gagneraient... Volontiers conseilleurs pas payeurs et payés pour le faire, moralisateurs sans morale et affabulateurs souvent, ils confisquent la République et la notion même d’intérêt public, au profit d’une caste de technocrates qui sont les hiérodules de la Finance Internationale. Ils hypothèquent ainsi l’avenir, tout en tirant les marrons du feu, vieux singes qu’ils sont, et je dirai même qu’ils volent leur avenir, aux jeunes générations !

Il y a un problème global pour la jeunesse aujourd’hui, dans ce pays : la France, je le répète, on lui vole son avenir... Jamais de tout temps, un tel sort ne lui a été réservé, jamais un tel "procès" ne lui a été intenté ! ... La société dans laquelle on veut nous faire vivre, n’a plus aucun sens ; après on s’étonne que cela pète de partout, mais ce n’est qu’un début et le gouvernement risque de se trouver vite à court de soldats ! Les jeunes (qui ne sont pas tous des délinquants, merci monsieur le ministre !) ont raison de se révolter ; non seulement on leur vole leur avenir, mais on les traite comme des esclaves : par exemple, après les contrats aidés par l’état, rémunérés au SMIC à temps partiel, qui ont souvent servi à pourvoir, dans l’administration et les associations, des postes requérant haut niveaux d’études et qualifications conséquentes, maintenant c’est la multiplication des soi-disant stages en entreprise qui permettent de les utiliser gratuitement, diplômés ou pas diplômés, souvent à faire ce que les autres ne veulent pas faire, quand ce n’est pas pour limiter les recrutements... En plus il faut qu’ils payent pour ce qui reste de nos acquis sociaux, dont ils risquent de ne jamais voir la couleur pour eux-mêmes, et ils doivent faire face à un égoïsme grandissant de leurs aînés, sans même parler d’une démission intellectuelle, rampante, chez beaucoup de ces derniers : plus chez les riches que les pauvres d’ailleurs ! Dans les cités, on leur donne le choix entre le RMI à partir de 25 ans, les petits boulots précaires ou devenir dealer. S’ils veulent avoir l’équipement de base du français moyen, il faut quasiment qu’ils le volent ou le mendient, sans parler des problèmes de logement ! ... Vous pensez sincèrement qu’on puisse accepter un tel sort à vie ? Alors ils font ce que nous n’avons pas été capables de faire, nous les adultes des années 1980-2000 : obliger les "fauves" d’en haut à les considérer ! Et si c’était ces petits gars de banlieue qui représentassent le mieux l’esprit des "Sans-Culottes" de la Révolution Française ? Il ne faut pas oublier que l’on peut se retrouver au chômage à vie, pour des raisons sociologiques ou politiques, dans cet "Hexagone" comme dirait Renaud ; cela en contradiction avec sa propre constitution. C’est donc bien une farce, cette "Douce France" où il fait bon vivre, depuis quelque temps ! Alors que croire, qui croire ? Il y a un conflit de générations qui se prépare, qui échappe aux états-majors politiques : les jeunes en ont marre de trinquer pour les vieux, et ce n’est pas quelques milliers de "chèvres" qui peuvent décider pour l’ensemble de la nation : avis à ces mêmes états-majors politiques !

Autre vue, m’est avis que ces troubles sociaux, épisodiques dans les banlieues, sont exploités, non seulement à des fins électoralistes localement, mais sont aussi une des cartes d’un vaste jeu de conditionnement des opinions publiques, à l’échelle mondiale. On sait d’où cela vient, qui a l’habitude de ses méthodes : des pouvoirs totalitaires, complètement mégalomanes, sont à l’œuvre pour mettre l’économie du monde en coupe réglée. On désire installer la peur dans les esprits, et comme l’on sait, la peur obscurcit le jugement : terrorisme, intégrismes, conspirations, pandémie, arsenal nucléaire, troubles sociaux, etc. tout y passe, sans compter les catastrophes naturelles, dont on ne peut pas dire que l’Homme anticipe les conséquences... Jouant un rôle d’auxiliaires, une majorité des médias nous bassinent à longueur de journée avec ce noir, angoissant : ils ne l’inventent pas mais y consacrent largement plus de moyens et de temps qu’il n’est nécessaire ; au milieu on compte à la petite cuillère, les évènements positifs et encore, le plus souvent, sont-ils, des anecdotes : autrement dit tout va bien madame la marquise ! ... Il y a pourtant des tas de choses dont on pourrait se réjouir sur Terre, mais il faut croire que la domination s’établit mieux en attristant les sujets ! J’en reviens à nos troubles sociaux, en France : ils seraient impulsés par des provocateurs, encadrés par des agents spéciaux (pas forcément français) que je n’en serai pas autrement surpris ! On a déjà fait mieux de par le passé. Rien de plus facile que de manipuler la détresse sociale, en particulier celle des gamins de banlieue ; il suffit pour cela de quelques voyous retournés voire de militants d’extrême droite... On crée de toute pièce le drame, pour faire croire que de mal en pis, on va vers le chaos, et après on présente un homme fort comme le dernier recours, et si celui-là est votre obligé ou mieux, un des vôtres, c’est tout bon pour le plébiscite et on empoche les dividendes ! En France, nous avons déjà donné, mais les grosses ficelles marchent toujours : tel que c’est parti actuellement, beaucoup de nos concitoyens semblent se faire abuser ; beaucoup mais néanmoins, peut-être pas tous ! Je serai à la place de ces manipulateurs, je me méfierai cette fois de la facilité. Le mépris et l’habitude conduisent souvent à de grossières erreurs de jugement : le résultat de la campagne référendaire sur le TCE est un exemple à méditer pour nos marionnettistes ! ...

En complément de mes vues, je me dois d’apporter à ce stade, un témoignage personnel qui date des années 90. Il y a un véritable problème en ce qui concerne le respect de l’individu, particulièrement dans les grandes agglomérations, auquel il faut être confronté directement pour mieux l’appréhender. Lorsque vous vivez dans ces quartiers de relégation, dits "difficiles", la majorité des gens de "l’extérieur" vous considère comme des animaux sauvages, dangereux, et cela revient à vous exclure de la vie normale ou presque. Une moue, le ton de la voix, le mépris dans le regard, valent autant que le geste du doigt... Certains esprits médiocres et mesquins , en tout lieu tout endroit : enfermés dans leur tabernacle automobile par exemple, sont très forts pour distiller ces sentiments négatifs. Dans ce pays, "la douce France", il y a des gens qui passent leur temps à mépriser tous ceux qui ne leur ressemblent pas, souvent plus par peur de cet autre justement que par raison. Alors, vivant dans ces quartiers, mal réputés, si vous ne fermez pas votre gueule, si vous n’acceptez pas de jouer le "bon sauvage", vous ne valez pas un mégot dans le caniveau que l’on puisse aisément piétiner !!! Et ceux qui vivent cela à longueur de temps, comment vivent-ils ? mal assurément ! Etonnez-vous qu’il y en ait qui fassent après cela, de la surenchère dans la provocation ! Ce qui blesse en premier lieu les enfants, c’est de voir leurs parents, traités comme des bêtes qui ne sont plus des référents. Alors ils expriment leur colère comme ils peuvent : ils cassent tout, de préférence ce qui rappelle l’institution, y compris les voitures avec tout ce qu’elles symbolisent de contrôle étatique et qu’ils ne peuvent avoir légalement. En second lieu, c’est malheureux à dire, mais il faut voir dans ce vandalisme, une sorte de rite initiatique, collective émulation qui n’est pas sans rappeler certaines coutumes ancestrales : ils passent à l’âge adulte, c’est l’épreuve du feu ! En brûlant, ils exorcisent leur impuissance et leur dépendance d’enfant : du moins le ressentent-ils confusément ainsi ! ...

Il y a rupture, plus que du lien social, rupture du contrat social, tout simplement ! Depuis un demi-siècle au moins, le phénomène est en cours dans les pays industrialisés, et il s’accélère, et cela n’a rien à voir avec du communautarisme à l’américaine ou même de l’acculturation : il n’y a qu’à discuter avec les gens concernés pour le comprendre. Il s’agit de l’affaiblissement des liens familiaux et de l’autorité parentale, dans le contexte de la pauvreté, et plus généralement sous l’action des forces centrifuges, inhérentes au rythme trépidant de la vie moderne, surtout en milieu urbain. C’est à mettre, en France, au compte de tous les gouvernements qui se sont succédés, ces dernières décennies. Ils se sont couchés devant les impératifs économiques au détriment de la justice sociale, et ils se contentent de gérer la misère de mal en pis ! Et quand on invite ces habitants des banlieues à venir parler de leurs problèmes, c’est pour mieux les ridiculiser ; ainsi que je l’ai encore constaté ces derniers jours, au cours d’émissions télévisées, merdiques ! Les animatrices et animateurs préfèrent encourager les cabotins de la politique à faire leurs numéros d’homme-orchestre : nous avons à faire à un mur qui renvoie tous les sons et les images, pour nous faire apparaître une actualité tendancieuse : une véritable insulte à l’intelligence commune !

Ce phénomène d’incendiaires : une forme d’autodestruction, on peut le penser, sert aussi de révélateur, j’en suis persuadé. Il symbolise la détresse de jeunes, face au non-sens de l’évolution sociale et à l’incompréhension dont ils sont victimes. Il devrait nous interpeller vivement en esprit. C’est un appel au secours qui en appelle d’autres, sous de multiples formes, et le spectacle de cet embrasement, voulu par des gens qui ne veulent rien comprendre à la dignité humaine, agit comme un encouragement à le faire. L’effet de mode est terrible en la matière, et nous met face à nos responsabilités, qui ne sont certainement pas celles évoquées par l’actuel ministre de l’intérieur, ou pas seulement... Le phénomène risque de s’aggraver, c’est la manifestation d’une souffrance, et les gens au pouvoir veulent ignorer un aspect fondamental du problème : ces jeunes gens qui ne sont pas tous des caractériels, ne veulent pas vivre comme leurs parents : être traités en esclaves, pour avoir au bout du compte, encore moins qu’eux ! C’est une trahison qu’on leur fait, honte à nos dirigeants !!!



Publié le 22 novembre 2005  par Jean Jacques Rey


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