Tous les articles de la rubrique-portrait
Franca Maï & Andy Vérol à Beaumesnil : un frelon & un concombre + Vidéo réalisée par Didier Delaine
"L’écriture et avant tout un rituel jubilatoire " une interview de Franca Maï par Marc Alpozzo
Michel Onfray par Gilles Delcuse
La deuxième chute d’Albert Camus sur France 2 par Jean-laurent Poli
Franca Maï, Didier Daeninckx, Jean-Paul Liégeois et un visiteur surprise Leny Escudero à la Ferté Vidame pour la fête des livres 2009
Franca Maï sur Radio Fréquence Paris Plurielle
Auto-Portraits une interview de Gérald Massé menée par Franca Maï
L’hommage à Thierry Renard
Entretien avec Benoîte Groult propos recueillis par Marc Alpozzo
Interview de Valère Staraselski au sujet de son roman Nuit d’hiver Il fut le visionnaire qui annonça la grande folie du siècle de la mort de masse, de la mort industrialisée, des suppliciés, de la grande horreur et de la grande pagaille. L’oraison funèbre qu’il annonçait, comme un chien de traîneau flaire la crevasse, certains voulurent presque l’en rendre responsable.
Il ne fut visionnaire de rien du tout, Céline avait juste la plaie d’être homme plus à vif que ceux qui passent leur existence à essayer de gloser sur ce qui les fascine et qu’ils ne comprennent pas. Juste un annonciateur, pas un visionnaire, ni un dénonciateur, ainsi que vous essayez de le croire et de le faire accroire, cher Marc. Céline, la guerre, il l’a attendue, souhaitée. Un soir de 1943, il a reproché à Abetz d’avoir mis les Juifs à l’abri dans des camps pour les protéger des bombardements sur les villes d’Europe ! Ce n’était pas Style, ni Vision, mais Délire, Haine, Ravage... d’humoriste, peut-être !
Que dire ensuite de ça (je vous cite) :
Impossible également de ne pas reconnaître à Céline une méditation intensive autour de ceux qui sont exclus, hors du coup, jugés différents. Il faut noter que Céline a été élevé au moment où la campagne d’hostilité contre Dreyfus battait son plein ; l’affaire commençait même l’année de sa naissance. Donc pas un jour sans entendre parler des juifs. Ce qui a très certainement marqué le garçon. Impossible qu’il ne puisse se persuader, entre dreyfusards et anti-dreyfusards, que les juifs ne forment une société spéciale. Une conviction qui ne devait pas s’accompagner nécessairement d’une hostilité ou d’un antisémitisme particulier. Mais qui demeurait tout de même une vraie porte à l’antisémitisme. Une conception du mot « juif » à laquelle il restera attaché sans jamais lui donner la moindre évolution, et qui lui jouera sûrement quelques tours au moment où Elisabeth Craig, sa compagne, se maria avec cet avocat juif, réveillant en lui, les « monstres » de l’antisémitisme sommeillant. Mais la définition qu’il donne au mot « juif » en étonnera plus d’un, jusqu’à l’antisémite le plus convaincu. Dès lors, deviennent juifs tous ceux qu’ils craint : noirs, jaunes, comme tous ceux qu’il honnit. Gallimard ou Gide crurent, avec Bagatelles pour un massacre, à la farce de conséquence destinée à combattre le racisme par le ridicule. Il suffit de relire aujourd’hui ces piètres pamphlets pour être aussitôt convaincu qu’ils sont véritablement sans « danger ».
Pour commencer je crois que n’importait rigoureusement de rien à Céline le devenir d’Elisabeth Craig dès lors qu’elle l’avait quitté, et même avant si l’on en croit les témoignages de ses amis. Pour le reste, il vous appartient d’essayer de mettre au goût du jour l’insignifiant et tremblant discours qu’il faut tenir sur la judéité : les "piètres pamphlets" de Céline sont à ce point "sans danger" que lorsqu’une dizaine de réacs humoreux se payent la gueule des "ch’tis" dans un stade et sous des caméras guettées par deux millions de mongoliens (pardon pour la comparaison, j’ai le plus grand respect pour les Vrais Mongoliens - un peu comme Céline pour les Vrais Juifs), la bonne doxa du temps en fait deux semaines de fromage à la une de tous les magazines. La bonne doxa, qui pense et vend le monde en rose, qui, trouvant le style tellement sans danger le nie, l’efface et le gomme à longueur de sondages médiamétriques.
Pour finir : il est toujours utile de faire de l’explication de texte, surtout lorsque le texte est de Céline. Mais il ne faut jamais perdre des yeux certaine ligne bleue des Vosges qui était l’horizon des lignes qu’on commente, et celle qui est la nôtre au moment où on les commente. Sinon, on parle d’un autre texte, comme dans les commentaires le soir chez Durand, Fogiel, j’en passe et des meilleurs.

