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Melancholia

16 juin 2008

par Jean-Laurent Poli

(JPEG) C’est une création mondiale commandée par Gérard Mortier que propose en ce moment l’Opéra de Paris . Son auteur Jon Fosse en a écrit le livret d’après la première partie de son roman Melancholia I , une œuvre sombre et magnifique . Les créations contemporaines sont suffisamment rares dans l’Opéra d’aujourd’hui pour faire la fine bouche.

Mélancholia , œuvre novatrice et inspirée de Georg Friedrich Haas révèle un compositeur d’aujourd’hui qui travaille dans les traces des grands créateurs. L’intrigue, minimaliste s’inspire de la vie du peintre norvégien Lars Hertervig (1830-1902), artiste incompris seul contre tous et en rupture schizophrènique avec la réalité (incarnée par les chœurs) et les autres , y compris Hélène, son « amoureuse » qui l’attend là où il n’est pas(voir le dérangeant quiproquo de la fin ).

Une oeuvre contemporaine presque scolaire dans ses effets modernistes

La mise en scène de Stanislas Nordey jongle avec les clichés avant-gardistes (dramaturgie réduite à peu de choses, onirisme bunuelien, récitatifs ralentis comme par un neuroleptique , jeu statique et somnambulique des interprètes, costumes charbonneux qui pourraient resservir à un Mary Poppins gore, un drap flottant au-dessus des êtres et qui symbolise la toile et le travail harassant de l’artiste)

Musicalement l’œuvre s’installe dans la dramaturgie sombre et oppressante programmée par Gérard Mortier pour la saison et qui va de Woyzzeck au Prisonnier de Luigi dalla Piccola.

En dépit d’éléments musicaux un peu convenus(dans le genre Ircam des débuts), le charme prend si le spectateur donne son assentiment à l’ensemble des procédés et n’« éprouve pas de phénomène de rejet dès les premières scansions mortifères et rebutantes du début de spectacle (longues plages de redites , retour du même avec d’infimes variations). La musique de Haas, dirigé par Emilio Pomarico mêle harmonie spectrale et microtonalités .

Bien sûr c’est pas du Verdi ou du Bellini mais comment ne pas être bouleversé par le ressassement très Thomas Bernard d’Otto Katzamaier.

Jean -Laurent Poli

Jean-Laurent Poli

P.S. Melancholia (création). Opéra de Georg Friedrich Haas sur un livret en allemand de Jon Fosse. Mise en scène : Stanislas Nordey. Décors : Emmanuel Clolus. Vokalensemble Nova, Klangforum Wien, Emilio Pomarico (direction). Le 9 juin. Palais-Garnier, place de l’Opéra, Paris-9e. M° Opéra. Prochaines représentations les 12, 18, 24, 27 juin à 20 heures et les 15 et 22 juin .