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e-torpedo-le webzine sans barbelés
Un peu de pratique et moins de littérature : tuer pour manger

6 février 2010

par Regis Duffour

(JPEG) Au mois de janvier j’ai travaillé 4h pour 30 euros.

Conséquences : Le RSA est passé de 400 à 260 euros.

Sur les 260 euros L’Etat qui peut tout** me retient 65 euros pour un indus RMi qui date d’il y a deux ans (j’avais alors téléphoné cinq fois à la caf pour dire que je n’avais pas droit à ce rmi. Cinq interlocuteurs différents, cinq fois m’ont soutenu que j’y avais droit. Je l’ai donc dépensé ... et le revoilà qui revient et qui frappe violemment)

Je bénéficie (car on bénéficie bien entendu...) de 195 euros. C’est à dire en un mois de temps j’ignore comment les dépenser...

Six euros par jours.

Si j’ajoute ceci ("Demain Les députés souhaitent amender la loi pour aligner tous les avantages consentis localement . D’une manière plus générale, le RSA supprime les droits liés au statut, estimant qu’ils découragent la reprise d’un travail et qu’ils doivent dépendre des revenus des foyers. Ainsi, environ 70 % des exonérations de taxe d’ habitation et de redevance télévision seront supprimées, ce qui représente en moyenne 1,5 mois de RSA par bénéficiaire. De nombreux salariés perdront aussi leur CMU, notamment complémentaire") (Site 20 minutes)

... Je n’aurais bientôt plus le choix que de voler ou de me tuer... car à n’en pas douter mes proches et une bonne partie de cette société furieusement attachés à voir la figure honnie de tous leurs maux : les très fameux parasites qui vivent luxueusement sur les souffrances des besogneux ; ceux-là ne soutiennent pas, ils m’accablent. Selon ce qu’on leur commande car ils ont une autonomie de penser assez proportionnelle aux intérêts de leurs propriétés privées et les en priverait-on (de propriétés et de privés) on peut largement supposer que la parole costard-cravatée des pitres de la télévision enrichie de la matraque éclairées des débiles en uniforme, les maintiendra sous perfusion de docilité avant de les lacher tout à fait dans des déferlements barbares. Mais n’anticipons pas la barbarie est à l’oeuvre quotidiennement. Elle travaille (le très fameux lieu commun "il fait son job" qui justifie de tout, de Kaboul aux préfectures calaisiennes)

Feindre la folie pour trouver à manger (ou devenir réellement fou) ?

Pourvu qu’on veuille prochainement de moi dans un hôpital psychiatrique... et ce n’est plus si sûr car ils pratiquent désormais "l’externalisation", c’est à dire une économie drastique.

Où manger ? En prison peut-être.

Mais si je vole ne me mettront-ils pas plutôt un bracelet ?

Pour manger je vais être obligé de concevoir un plan qui à coup sûr me mène en prison et pour cela il n’y aura pas de meilleures méthodes que de tuer.

Mon crime servira très certainement le chantage sécuritaire et je trahirais là tous mes idéaux. Mais je vais avoir faim....

(Ce message sur un site féministe car j’ai la certitude, en pleine connaissance de la grandeur féminine -chère Lou Andreas Salomé *** -, qu’il s’en trouvera quelques unes pour me serrer vigoureusement.... la main et m’emmener sur les rivages de la douceur, devant mets et merveilles ... Récuser tout message publicitaire revient certes à se condamner...)

* Serge Rivron ne m’en voudra pas de rendre publique quelques marques de son obligeante amitié : « La situation que vous décrivez et subissez est hélas “monnaie courante” (expression en l’occurrence parfaitement inadaptée), et parfaitement ubuesque - ainsi que vous le rendez si bien. ». Mon cas n’est pas isolé sans quoi justement je n’aurai pas porté ce texte à l’attention du public.

Ce régime et cette société qui l’accompagne montrent toujours plus d’indifférences au sort des handicapés. Contraints de survivre au moyen de revenus dérisoires ils sont écrasés. La question est : et les Alzheimer ? Et les leucémies en phase terminale ?

Jean-Marie Barbier

http://www.dailymotion.com/video/x4z7yt_discours-de-jeanmarie-barbier-apf_news

** (* Le décret du 11 septembre 2002 institue "un dispositif d’accès urgent aux sommes à caractère alimentaire" en cas de saisie bancaire. Le SBI garanti aux personnes sous le coup d’une saisie de leur compte bancaire une somme minimum, qui leur permet de répondre à leurs besoins alimentaires... Alors l’Etat contourne le texte qu’il a lui-même édité en se servant à la source, c’est-à-dire aux revenus. De sorte qu’une loi, un décret sont de purs amusements destinés à renforcer l’illusion spectaculaire. Pour qui vos tétons ?

Selon l’article L. 262-48 du code de l’action sociale et des familles le RSA est incessible et insaisissable...)

*** « C’est pourquoi la concurrence intellectuelle et pratique qu’elle peut, par principe, engager avec l’homme -cette manière de vouloir prouver qu’elle est son égale, dans n’importe quel métier particulier, et peut aussi bien faire que lui - est une véritable monstruosité, et l’ambition toute extérieure qui s’éveille ainsi en elle est à peu près la qualité la plus mortelle que la femme puisse cultiver. Car c’est précisément l’absence de cette ambition qui constitue sa grandeur innée : l’assurance que point n’est besoin d’administrer une telle preuve pour sentir en soi, en tant que femme, la plus noble justification de son être : n’avoir qu’à étendre alentour ses branches à l’ombre généreuse, pour le repos du passant fatigué, la réconfort de l’assoiffé, sans se soucier de savoir combien de fruits pourraient être décomptés au marché, dans le monde du dehors ».

(« Eros » de Lou Andreas Salome)

Regis Duffour