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Salauds de chômeurs ! Tous fainéants et fraudeurs... Le MEDEF ne sera jamais repu de profits ! de Durdo Reil

3 janvier 2006

par torpedo

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Le capitalisme se nourrit du chômage de masse en faisant de celui-ci sa principale arme de bataille.

Une arme de chantage !

Le chômage ne diminuera pas.

Ce « modèle » économique a besoin des chômeurs pour prospérer alors il en fabrique. Le taux de chômage actuel correspond « à son seuil d’équilibre » en dessous duquel il ne veut absolument pas descendre.

Aux revendications des travailleurs, il peut alors opposer l’impatience de millions de sans emplois - qu’il a volontairement créés - qui attendent que les places se libèrent.

Diviser pour régner est son adage.

Il rêve de pouvoir faire en France ce qu’il a réussi aux Etats-Unis dans les années 70-80 : contrôler les centrales syndicales et les transformer en obstacle à toute contestation. On peut penser que son rêve aboutira quand on voit les syndiqués de base s’employer, de plus en plus souvent, à désavouer leurs instances dirigeantes.

Le plein emploi est son pire ennemi .

Il ne faut donc pas s’étonner que les allègements fiscaux et les subventions publiques accordés aux entreprises ne s’accompagnent pas de créations d’emplois.

Aucune contrepartie n’étant demandée, les aides de l’Etat sont immanquablement transformées en bénéfices pour les chefs d’entreprises ou pour les actionnaires. Que les gouvernements socialistes aient largement participé à cette mascarade est particulièrement détestable, ils ont incontestablement trompé leurs électeurs. Et le fait de se déclarer (après les élections) « sociaux libéraux » - un monstre à deux têtes ? - ne peut calmer l’amertume.

Les plus faibles sont toujours plus opprimés.

Ce système s’applique à ne laisser aucun répit aux demandeurs d’emplois. Il ignore la maxime de Charles Nodier : Ce qu’il y a de plus bas au monde, c’est de mortifier la pauvreté. Il s’agit de les faire souffrir suffisamment, les affamer même, pour qu’ils « envient », voire même détestent, ceux qui travaillent et qui, pourtant, n’arrivent même plus à vivre décemment. Il peut alors se livrer pleinement à son ignominie préférée : le chantage à l’emploi (restructuration, délocalisation, licenciement...). Il est en mesure d’imposer ses conditions : travailler plus pour gagner moins.

L’U.M.P., avec son chef de file adorateur du modèle étasunien pourvoyeur d’injustices sociales , bras armé du patronat, exécute les ordres qu’il reçoit sans états d’âme. Il s’agit d’asseoir le joug de l’ultralibéralisme, pendant qu’elle a encore tout le pouvoir, en se cachant derrière la mondialisation alors que c’est un choix politique, idéologique. Il y a urgence pour l’UMP, elle a bien compris que sa doctrine a été clairement désavouée par les français le 29 mai 2005. L’échéance 2007 n’étant pas si éloignée, il est à parier que la cadence d’adoption de mesures anti-sociales va s’accélérer au cours de l’année à venir.

Arnaud Montebourg disait à Raymond Barre - encore un néolibéral forcené -, lors d’une émission télévisée, que s’adapter à la mondialisation n’est pas une fatalité, que le bien-être des hommes doit primer. Il estime qu’un autre monde est possible. Le pouvoir ne devrait être confié qu’à des personnes adoptant cette philosophie.

Mais le gouvernement et l’UMP ne sont pas humanistes, ils sont ultralibéraux. Après avoir déployé tout un arsenal sécuritaire, judiciaire et pénal destiné à inspirer la crainte - à décourager les manifestations, par exemple - ils ont mis en place (ou s’apprêtent à le faire) toute une série de dispositifs extrêmement contraignants et méprisants à l’encontre de citoyens déjà en situation très difficile :
-  l’apprentissage à 14 ans (certainement pas pour les enfants du « pays réel ») qui fournira une réserve de main d’œuvre quasi gratuite, docile et servile ;
-  le C.N.E., qui livre le salarié au desideratum de l’employeur et qui affaiblit le code du travail ;
-  les pointages et entretiens à répétitions dans les bureaux de l’A.N.P.E. Il faut qu’ils se réveillent tôt, comme le dit Nicolas Sarkozy, sous peine d’être rayé des listes et de ne plus avoir aucun moyen de subsistance. La radiation est fortement encouragée car elle permet à Villepin de dire qu’il remet la France au travail. Cela permet d’annoncer encore une baisse du chômage pour ce mois de décembre.
-  la diminution, voire la suppression , des indemnisations des chômeurs si ces « fainéants » refusent les corvées - déguisées en emplois - et les salaires de misère, ou s’ils n’ont pas les moyens de se rendre sur le lieu de la corvée parce qu trop éloigné.
-  la preuve de recherche d’emploi : véritable galère. Les réponses des chefs d’entreprises sont des preuves mais le gouvernement est le premier à savoir qu’ils ne répondent pas et qu’ils n’embauchent pas. Ils ne pensent qu’à diminuer les effectifs, au contraire.

La liste n’est sûrement pas exhaustive.

Toujours plus de contraintes pour les plus faibles alors que l’ISF diminue substantiellement.

Les oppresseurs agissent impunément.

Jamais de remise en cause des patrons et des actionnaires qui :
-  touchent des dividendes et des salaires scandaleux ;
-  augmentent la précarité des sans emplois par le biais de l’UNEDIC qui est devenue une instance du MEDEF ;
-  profitent du travail au noir (un des fléaux de la mondialisation ultralibérale). Pour l’UMP, c’est encore le travailleur le coupable ;
-  ne payent pas toutes leurs charges sociales : 19 milliards d’euros de dégrèvement et 2 milliards d’euros de cotisations impayées en 2004. Les offrandes annuelles au patronat sont la principale cause des difficultés de la Sécu ;
-  pratiquent la discrimination au faciès ;
-  ne respectent pas ce qui reste du code du travail (aménagements fantaisistes du temps de travail, temps de repos trop courts ou inexistants, surveillance électronique à l’insu des salariés...) ;
-  s’adonnent au chantage à la délocalisation - ou à la restructuration - alors que les bénéfices de leurs entreprises sont mirobolants, pour supprimer certains acquis et augmenter les temps de travail.
-  s’adonnent à la fraude fiscale et organisent l’évasion du capital - confisqué aux travailleurs et aux chômeurs - vers les paradis fiscaux... Il ne manque que la volonté politique pour enrayer le processus. La fraude fiscale représente 45 milliards d’euros au minimum selon le SNUI, soit le montant de la recette de l’impôt sur le revenu. Même le fameux Plan de Cohésion Sociale de Jean-Louis Borloo a été phagocyté par de nombreux amendements tous plus libéraux les uns que les autres. Il faudrait plutôt parler de Plan de Cohésion Sociale du MEDEF.

Le gouvernement rajoute une louche d’humiliation.

La dernière iniquité intensifiant le contrôle des chômeurs est parue au Journal Officiel, il s’agit du recoupement informatique des fichiers ASSEDIC et fiscaux .

Un décret pris le 22 décembre et publié, très discrètement, le samedi 24 décembre 2005 permet aux agents de l’ANPE d’accéder aux dossiers fiscaux des demandeurs d’emplois. Ils pourront aussi consulter les documents de l’assurance-chômage et ceux des administrations sociales. Le croisement des fichiers se fera en cas de présomption de fraude. Comment débusque-t- on un fraudeur à l’ASSEDIC ? Sur quels éléments concrets l’agent de l’ANPE va-t-il se baser pour effectuer sa demande de consultation desdits fichiers ? Il faut espérer que tous les agents de cette institution sont tous de braves gens qui ne réagissent pas en fonction de leur humeur du moment et sont contre le délit de faciès.

On peut considérer que la CNIL, dirigée par Alex Turc de l’UMP, ne sert plus à rien et peut être supprimée. Cela fera des économies pour le contribuable. Depuis que ce monsieur dirige cette institution, quasiment toutes les lois liberticides proposées par son parti ont été jugées acceptables.

On s’aperçoit, une fois de plus, que l’oligarchie UMP possède vraiment tous les pouvoirs.

Ce décret est un pas de plus dans la stigmatisation à outrance de ces pauvres gens, dans son rêve bizarre , Franca Maï s’indigne que certains ne soient pas loin de penser que Déjà, dans le ventre de leurs génitrices, ils étaient nés paresseux. Il s’agit bien de leur dire qu’en plus d’être de mauvaise foi (pas de recherche d’emplois), d’être fainéants (refus des emplois proposés), d’être des parasites, ils sont aussi TOUS des fraudeurs potentiels à démasquer et punir d’urgence. Pour satisfaire ce gouvernement il faut arriver à trouver en emploi alors qu’il n’en existe pas - on a plutôt tendance à les supprimer - ou accepter le travail forcé. Sur quelle étude se base-t-il pour affirmer que la fraude mérite ce battage méprisable ? Les journalistes parlent de 1% à 2% de fraudeurs, le Ministre du Travail avance 5%. Personne ne sait d’où viennent ces chiffres.

L’opposition ne fait que constater. Comme toujours !

Les réactions des représentants syndicaux et des partis politiques ne vont certainement pas foudroyer les auteurs de cette nouvelle indignité.

FO parle de stigmatisation et de l’emprise croissante de Big Brother, la CGT parle d’une provocation de plus et dénonce l’arsenal répressif. Le bla-bla habituel.

Il serait peut-être temps que ces messieurs arrêtent de dénoncer et pensent à organiser la résistance à ces persécutions, qu’ils songent à une action sérieuse permettant de ralentir le débit des délires anti-sociaux de cette oligarchie, en attendant d’y mettre fin.

La CFTC trouve plutôt normale l’attitude du gouvernement. On n’en attendait pas moins de sa part.

La CFDT trouve le décret plus maladroit que menaçant. Elle fait semblant de protester dans les médias et finit - comme toujours - par soutenir ses amis. Et ses amis ne sont pas les travailleurs ni les chômeurs. Comment fait-elle pour avoir encore des adhérents ?

Le Parti socialiste proteste un peu pour la forme et va se recoucher.

Que peut-on encore attendre de ce parti ?

Le PCF constate que "Le gouvernement institue une véritable chasse aux chômeurs" et condamne mais ne propose rien de concret pour s’opposer. Peut-être qu’on attend trop de ce parti depuis mai 2005. Préserve-t-il toutes ses forces pour la recherche d’une solution qui lui permettrait d’éviter de se faire cannibaliser - encore une fois - par le PS hollandiste dans la perspective 2007 ? Aux dernières nouvelles, il veut - malheureusement - discuter d’une plateforme commune de gouvernement avec le PS « synthétisé ».

Que reste-t-il du 29 mai 2005 ?

Bien entendu l’UMP, par la voix de Luc Chatel, trouve cette stigmatisation sans fin et sans frein tout à fait nécessaire. Il ne manque pas d’air en affirmant : Il est légitime qu’il y ait un contrôle de l’affectation de ces fonds. . Vous avez bien sûr compris qu’il ne parle pas des patrons.

Le MEDEF ne tolèrerait pas qu’on lui demande des comptes, lui le vrai pouvoir décisionnel dans ce pays.

Comment cette idéologie pourrait-elle survivre ?

André Gide disait : Nous entrons dans une époque où le libéralisme va devenir la plus suspecte et la plus impraticable des vertus.

Laissez faire, laissez passer disait François Quesnay à propos du libéralisme économique. Ces quatre mots sont devenus l’axiome des partisans de la non-intervention de l’État en matière économique.

Ces citations résument parfaitement le dogme néolibéral. Il fait mine d’accepter une intervention limitée de l’Etat mais ne supporte, en réalité, aucune entrave dans sa démarche assassine, aucun contrôle. Il avance masqué par la mondialisation et n’a qu’un seul but : le profit maximum le plus rapidement possible. Et au détriment de tout, de tous !

Marx avait pour objectif l’abolition de cette doctrine. On peut penser la chose inéluctable car son comportement est mortifère mais aussi suicidaire. Presque toutes les couches sociales sont attaquées, broyées :
-  les salariés sont asphyxiés et doivent renoncer, un peu plus chaque jour, aux maigres avantages sociaux qu’ils avaient acquis de haute lutte ;
-  les chômeurs ne peuvent plus se soigner et bientôt ne pourront plus se nourrir. Ils sont de plus en plus nombreux même si Monsieur Villepin dit le contraire ;
-  la classe moyenne doit s’endetter toute une vie pour pouvoir se loger et a de plus en plus recours aux HLM. Elle est devenue la vache à lait du système. Elle bénéficie très peu de la dernière réforme fiscale, contrairement à ce qui a été dit.
-  les petits bourgeois ne sont plus en mesure de garder leurs habitations dans les centres-villes ;

Ceux qui se portent très bien sont ceux qui sont encore utiles au « système ». Comme les esclaves « commandeurs » étaient indispensables aux colons esclavagistes.

Jaurès était convaincu qu’Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience. L’appréhension de ce système malfaisant a eu lieu dès qu’il a commencé sa propagation :
-  un capitalisme outrancier qui se complaît dans le chômage de masse au point de ne vouloir créer aucun emploi tout en s’accaparant les subventions et les aides publiques, qui durcit sans cesse les conditions de travail, qui cherche à se retirer par tous les moyens, y compris la fraude, de la solidarité nationale ;
-  une représentation nationale complice - voire même vassale - qui humilie, chaque jour un peu plus, les plus faibles et qui ne cesse d’approuver et de favoriser les profiteurs ;
-  un peuple de plus en plus opprimé et devant se contenter des miettes.

Ce système ubuesque, qui n’a pas d’autres considérations que la frénésie du profit par l’asservissement,

ne peut pas s’attendre à autre chose que le trépas.

Il ne disparaîtra pas facilement, peut-être pas rapidement, mais sa mort est annoncée. C’est de sa nature même que lui vient l’interdiction de durer indéfiniment : les brimades, les privations et les souffrances allant crescendo, les opprimés s’uniront, à un moment ou à un autre, pour exprimer leur exaspération. Le tout est de savoir dans combien de temps et sous quelle forme cette révolte - révolution ? - éclatera.

Il est à prévoir que cela se fera dans la douleur car les partis politiques dits de gouvernement ne sont que les vassaux des promoteurs de ce système ignominieux. Cette oligarchie capitaliste et fascisante détient la puissance financière, la plus redoutable. Elle ne déposera pas les armes aux pieds de la plèbe sans combat. Ce n’est peut-être pas un hasard si elle s’oriente, un peu plus chaque jour, vers le tout sécuritaire.

On peut toujours rêver de voir émerger, avant le cataclysme, une force politique significative capable d’imposer la justice sociale mais l’histoire a montré que ce genre d’émergence ne se produit jamais avant. Elle accompagne parfois et succède le plus souvent.

Toutes les dictatures, tous les dogmes scélérats n’ont qu’un temps.

Le MEDEF et L’UMP devraient méditer sur cette pensée de Sénèque : La raison veut décider ce qui est juste ; la colère veut qu’on trouve juste ce qu’elle a décidé.

Une bonne année 2006 ?

A l’aube de cette nouvelle année, ma pensée va à tous les précaires et à leurs enfants qui doivent sûrement souffrir de beaucoup de privations. Ce qui doit rendre encore un peu plus insupportable la situation des parents.

Dans ces conditions, peut-on leur souhaiter une bonne année 2006 ?

Trois petits textes sur le même sujet :

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source : bellaciao.org

torpedo